Presse française, bonjour.
Dans l'article suivant, la rubrique Sport de Rue89 nous explique qu'un médecin a découvert chez de jeunes hommes rugbymen amateurs une forme de cancer atypique, qu'il a relié à celle diagnostiquée chez deux autres hommes également rugbymen amateurs, sauf que ces derniers sont décédés des suites de leur maladie.
S'en suit un article sur le dopage chez les jeunes, qui prennent des produits illégaux en les commandant sur internet pour supporter la dureté des entraînements. D'où des cancers et autres effets secondaires sympas qui pointent le bout de leur nez chez des sportifs qui ont à peine passé la vingtaine. Sérieusement, on croit rêver (et c'est un cauchemar, bien sûr).
Je trouve quand même qu'il y a un cancer dont on ne parle pas beaucoup et qui touche pourtant la plus grosse majorité de la population, et ce depuis des millénaires: la connerie. Si on trouvait un moyen de l'éradiquer, celui-là, on n'en serait pas à se lamenter devant ce genre de récits accablants.
Accablants pour les dopés, mais évidemment pour leurs entraîneurs et pseudo-médecins (nan mais quand même, les mecs qui ont signé le serment d'Hipocra/i/te apprennent aux jeunes à se faire des piqûres, JE RIS) et le sport en général.
Comment, elle traite ces jeunes de cons, mais enfin ils sont prisonniers du système de compétition, de la pression du groupe... réveillez-moi quand vous aurez fini de les excuser ces pauvres chéris, pardon mais je ne crois pas à ce dédouanement facile sous-tendu par un déterminisme un peu simpliste qui, par ailleurs, confine à l'insulte en ignorant le fait qu'il y a aussi des jeunes qui refusent le dopage. Et je refuse de croire que ceux-là soient des entités supérieurement intelligentes au reste de la population.
On pourra blâmer le rugby, c'est vrai que ces brutes épaisses sont pas entraînées pour penser mais pour avoir les cheveux longs et des grosses cuisses.
Et bien là encore je dis NON! Déjà les stéréotypes, ça pue, et en plus, j'aime bien le rugby. Mais surtout, contre-exemple: une bonne amie de prépa avait été dans une autre vie championne de France junior de 500 mètres haies (le truc qui tue) et m'avait parlé plusieurs fois de ses co-compétitrices qui se dopaient à la Ventholine, entre autres, prétendant qu'elles avaient de l'asthme. Le début d'un dopage qui passe au niveau supérieur quand les compétitions deviennent importantes, etc. On connaît l'engrenage.
Remarque au passage: je ne sais pas quel médecin peut se réclamer de cette profession s'il donne le droit à un asthmatique de faire une des courses les plus longues et épuisantes qui soit en matière d'athlétisme, mais passons sur ce détail.
Donc, le dopage, chez les jeunes, oui, ça existe, et c'est bien malheureux. Les premiers responsables, ce sont eux, bien sûr, ceux qui sont suffisamment inconscients pour se mettre des trucs dans le corps dont ils ne connaissent même pas les composantes et les effets réels. Plus largement, on peut blâmer ceux qui sont censés les encadrer et les soigner, trop aveuglés par les résultats et le fric qui en découle pour ne pas taper sur les doigts de leurs jeunes chiens fous.
Globalement, c'est déplorable parce qu'on constate que le sport est perverti par cette obsession de réussite capitaliste, il faut bien le dire - et pas besoin d'être marxiste pour voir la vérité en face. C'est bien dommage que des jeunes se tuent à plus ou moins petit feu juste pour une histoire de performance, mais ne soyons pas naïfs, ça fait longtemps que cela existe.
Et c'est pourquoi je comprends les gens qui sont complètement anti-sport, qui trouvent que c'est le nouvel opium du peuple, que c'est n'importe quoi et que cette obsession de classer les gens n'est bonne que pour le moral des premiers.
Difficile de contrer ces arguments. On peut en revanche les nuancer. Je trouve que bien des sports se perdent dans leur exigence et créent des traumatismes physiques et psychiques regrettables. Par exemple, je me souviens toujours du moment où on m'a expliqué que ma note évaluant ma performance à une compétition de patin à roulette avait été divisée par deux car, étant gauchère, j'avais réalisé les figures imposées en miroir. Allez expliquer ça à une gamine de 8 ou 10 ans très bonne élève et très inquiète de toujours bien faire, surtout quand il s'agit des notes. Inutile de préciser que j'ai chialé comme la madeleine que j'étais (non pas que j'aie quelque chose contre Proust ou ces gâteaux...). Si j'avais été un peu plus grande, j'aurai été leur mettre une baffe, à ces juges. Voilà le degré de minabilité que la compétition peut atteindre, c'est kafkaïen, et effectivement, quand le sport c'est ça, moi aussi, il cesse de m'intéresser.
Cela dit, depuis que je suis aux Etats-Unis, je suis bien plus sportive que je ne l'étais en France, et je ne peux que me remercier d'avoir eu la folie de m'inscrire au club de boxe de la fac cette année. Avoir un corps qui marche, c'est bien. C'est même une chance, parce que le hasard génétique fait parfois les choses de façon un peu moins cool. Mais avoir un corps qui marche et qui marche bien, c'est encore mieux. Ne pas avoir mal aux genoux en montant des marches, ne pas être essoufflée en portant les sacs de courses, se lever sans appui parce qu'on a des abdos qui sont en état de fonctionner, avoir une capacité respiratoire supérieure à celle d'un rat mucoviscideux... Il y a plein de choses du quotidien qu'on fait mieux et plus facilement avec une pratique sportive régulière. On est moins fatigué. On est plus concentré.
Tout ça pour dire que le sport, c'est un confort de vie supplémentaire qui ne devrait pas faire de mal à celui qui le pratique. Et on devrait se foutre éperdument du niveau pratiqué du moment que c'est celui qui convient aux choix et au physique de la personne concernée. Et à ceux qui disent que le sport remplace des divertissements intelligents comme la lecture, je dirais que c'est vrai et faux. A se considérer comme un pur esprit, on finit par se couper d'une partie importante de soi, et ça ne marche pas comme ça, quoi qu'on en dise. Oui, il y a des gens qui sont maçons et qui aimeraient bien passer leur vie ailleurs qu'en plein soleil à trimballer des briques. Ce n'est pas pour ça qu'il faut interdire à l'employé de bureau de base son petit footing du dimanche. On peut voir ça comme une version cynique et bourgeoise du "retour à la terre", soit. Mais pour avoir passé trois ans en prépa, je sais que si je m'étais entraînée AU MOINS trois fois par semaine, j'aurai encore mieux compris et intégré la tonne de trucs que j'ai dû assimiler au rythme qu'on connaît.
Une autre critique, et pas des moindres, à cet argument est qu'il nie la dimension intellectuelle du sport. Excusez-moi, mais il n'y a qu'en matière de guerre et de sport qu'on pratique autant l'art de la stratégie, et ce n'est pas pour les imbéciles. Pendant un combat de boxe, une course, ou un match de foot, il faut savoir mesurer son adversaire, prendre en compte tout un tas de facteurs sur lesquels on n'a aucune emprise, et savoir évaluer sa propre forme physique pour l'exploiter au mieux dans les moments clés. Autant d'éléments qui différencient les champions des autres. A la boxe, quand on voit que physiquement, on est plus faible, on peut quand même gagner si l'on est suffisamment rusé pour fatiguer l'autre. Et ce n'est pas une mince affaire...
Enfin, je pense que l'on peut dire en toute honnêteté que toute pratique sportive digne de ce nom, c'est-à-dire effectuée avec REGULARITE, nécessite un effort intellectuel qui peut se révéler important dans la (trans)formation d'un caractère ou d'une personnalité. Même le joggeur du dimanche se soumet à une discipline qui demande une certaine volonté, surtout les jours de pluie, les jours où on est un peu fatigué, les lendemains de nuits blanches... Et il y a beaucoup de jours comme ça.
Un jour, Jim, le coach principal de l'équipe, nous a dit: "Il n'y a qu'un jour dans la vie du boxeur où il pourra s'entraîner au mieux de sa forme, sans douleur ni blessures ni courbature... c'est le premier."
A ce sujet, une excellente pub de (maheureusement) Nike, pour ceux qui parlent anglais:
S'engager dans une pratique sportive n'est donc pas faire le choix de conserver au fil de sa vie un niveau intellectuel moyen voire bas. Le stéréotype du sportif con a la peau dure, j'en conviens, et j'en témoigne, au vu des "sport-études" judokas de mon lycée qui, depuis ô surprise, a supprimé cette section (il ne fait pas bon de voir que la supposée élite du lycée ayant accueilli David Douillet en tant qu'élève balancent des "salope!" à tour de bras, j'en passe et des meilleures...), mais je peux vous le dire, ce n'est pas le sport qui fait ça, c'est la personne qui le pratique sans en comprendre les principes. J'en veux pour preuve qu'au club, les meilleurs boxeurs sont les personnes les plus ouvertes, respectueuses... bref, celles qui ne sont pas là pour apprendre comment taper quelqu'un. Ceux-là, tout comme ceux qui refusent de se battre avec les filles, par exemple, se condamnent à rester médiocres et ne suscitent d'ailleurs que peu l'intérêt des coaches, qui savent de quelle étoffe sont faits les véritables sportifs.
Fin de la leçon pour aujourd'hui, merci d'avoir lu jusqu'au bout ces quelques réflexions.
Voir et Observer les Yankees Américains des Grandes Plaines Etats-Uniennes
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mercredi 18 avril 2012
lundi 16 avril 2012
Ca fait un bail que j'ai pas écrit, tiens!
ATTENTION BREAKING NEWS numéro 56433809
Bibi (oui, c'est moi) se rendra donc au mois de juin dans un RANCH nord-californien situé près de la ville au doux nom d'Eureka (je vous laisse trouver sur une carte, c'est pas compliqué, il suffit de regarder un peu à gauche du milieu de nulle part). Là-bas, il y a trois chevals (oui, c'est moi) donc je pourrai (re)faire de l'équitation (tagada TSOUIN TSOUIN), mais surtout... roulement de tambour au suspense insoutenable... Bibi (toujours moi, oui oui) ira là-bas pour aider sur l'exploitation. Une de ses tâches (en plus de porter des trucs lourds, comme dirait un certain Hubert Bonisseur de la Bath dans OSS 117- Rio ne répond plus) sera de planter (DES CHOUX! nan c'est pas vrai) du cannabis! (ça par contre, c'est vrai de vrai).
J'entends déjà, si tant est que ça fasse du bruit, les larmes chaudes roulant sur les joues de tous mes copains amateurs de beuh, shit et autres douceurs herbales qui fixent leurs écrans en relisant avec incrédulité les lignes précédentes tout en gémissant "pourquoi eeeeelle? Elle a jamais fumé UN joint de sa viiiiiiiiiie! C'est trop injuuuuuuuuuuuuuste!".
Et bah ouais, qu'est-ce que vous voulez que je vous dise, vous l'avez dans l'os.
Et le pire dans tout ça? C'est médicinal. Ca veut dire légal, chez les Californiens. Donc non maman, le FBI ne se lancera pas à ma poursuite quand il aura déniché et lamentablement traduit cet article puisqu'on ne peut rien me reprocher au regard de la loi. Il se trouve que le proprio du ranch (par ailleurs papa de ma coloc Erin) a beaucoup de problèmes de santé et a donc obtenu une licence pour cultiver du cannabis qu'il prend en tant que médicament (et franchement ça se comprend quand on a un corps perclus de douleurs articulaires et j'en passe alors qu'on n'a pas soixante ans MAIS BREF je ne vais pas vous réciter son carnet de santé, et d'ailleurs c'est pas vos oignons, là).
Tout ça pour dire que je vais avoir le job d'été le plus fun du monde. Et qu'en plus je pourrai faire l'aller-retour Berkeley - middleofnowhere une ou deux fois parce que c'est pas aussi loin que le Montana. Même si ça fait du train et quatre heures de route après (la CAMBROUSSE vous disais-je). M'enfin en distances américaines, c'est la porte à côté.
Voili voilou, il est neuf heures et demie chez moi, je vais donc DORMIR parce que j'ai repris la boxe et ça me TUE sa mère quoi. Peut-être que bientôt je pourrai me soulever rien qu'à la force des bras (hé, chacun ses rêves OK?). Mais on n'est pas rendu quand même - mes pectoraux sont inexistants c'est absolument invraisemblable après 8 mois de boxe. La vie est injuste. Donc le plan de ce semestre c'est GONFLETTE pour faire comme Arnold et Rambo. Donc aussi, je continue l'escalade (ce qui va, en bonus, me tuer les mains, juste parce que se faire mal au nez c'est pas assez drôle). Voilà. Vous avez tout mon programme des mois qui me restent à vivre dans ce PARADIS qu'est la Californie.
J'espère que maintenant vous savez pour qui voter au moins.
Allez, prochain article, je poste les photos de LAS VEGAS. En attendant, une petite chanson de circonstance.
Bibi (oui, c'est moi) se rendra donc au mois de juin dans un RANCH nord-californien situé près de la ville au doux nom d'Eureka (je vous laisse trouver sur une carte, c'est pas compliqué, il suffit de regarder un peu à gauche du milieu de nulle part). Là-bas, il y a trois chevals (oui, c'est moi) donc je pourrai (re)faire de l'équitation (tagada TSOUIN TSOUIN), mais surtout... roulement de tambour au suspense insoutenable... Bibi (toujours moi, oui oui) ira là-bas pour aider sur l'exploitation. Une de ses tâches (en plus de porter des trucs lourds, comme dirait un certain Hubert Bonisseur de la Bath dans OSS 117- Rio ne répond plus) sera de planter (DES CHOUX! nan c'est pas vrai) du cannabis! (ça par contre, c'est vrai de vrai).
J'entends déjà, si tant est que ça fasse du bruit, les larmes chaudes roulant sur les joues de tous mes copains amateurs de beuh, shit et autres douceurs herbales qui fixent leurs écrans en relisant avec incrédulité les lignes précédentes tout en gémissant "pourquoi eeeeelle? Elle a jamais fumé UN joint de sa viiiiiiiiiie! C'est trop injuuuuuuuuuuuuuste!".
Et bah ouais, qu'est-ce que vous voulez que je vous dise, vous l'avez dans l'os.
Et le pire dans tout ça? C'est médicinal. Ca veut dire légal, chez les Californiens. Donc non maman, le FBI ne se lancera pas à ma poursuite quand il aura déniché et lamentablement traduit cet article puisqu'on ne peut rien me reprocher au regard de la loi. Il se trouve que le proprio du ranch (par ailleurs papa de ma coloc Erin) a beaucoup de problèmes de santé et a donc obtenu une licence pour cultiver du cannabis qu'il prend en tant que médicament (et franchement ça se comprend quand on a un corps perclus de douleurs articulaires et j'en passe alors qu'on n'a pas soixante ans MAIS BREF je ne vais pas vous réciter son carnet de santé, et d'ailleurs c'est pas vos oignons, là).
Tout ça pour dire que je vais avoir le job d'été le plus fun du monde. Et qu'en plus je pourrai faire l'aller-retour Berkeley - middleofnowhere une ou deux fois parce que c'est pas aussi loin que le Montana. Même si ça fait du train et quatre heures de route après (la CAMBROUSSE vous disais-je). M'enfin en distances américaines, c'est la porte à côté.
Voili voilou, il est neuf heures et demie chez moi, je vais donc DORMIR parce que j'ai repris la boxe et ça me TUE sa mère quoi. Peut-être que bientôt je pourrai me soulever rien qu'à la force des bras (hé, chacun ses rêves OK?). Mais on n'est pas rendu quand même - mes pectoraux sont inexistants c'est absolument invraisemblable après 8 mois de boxe. La vie est injuste. Donc le plan de ce semestre c'est GONFLETTE pour faire comme Arnold et Rambo. Donc aussi, je continue l'escalade (ce qui va, en bonus, me tuer les mains, juste parce que se faire mal au nez c'est pas assez drôle). Voilà. Vous avez tout mon programme des mois qui me restent à vivre dans ce PARADIS qu'est la Californie.
J'espère que maintenant vous savez pour qui voter au moins.
Allez, prochain article, je poste les photos de LAS VEGAS. En attendant, une petite chanson de circonstance.
mercredi 29 février 2012
Les boxeuses
Portraits croisés de mes copines d'entraînement (et de galère, j'ai envie de dire, des fois...!).
D'abord il y a Caitlin, avec elle tout a commencé en août. Elle avait déjà pratiqué la boxe avec un coach personnel, mais pour l'efficacité de l'entraînement, pas pour la technique ou la compétition. Il est vrai que la boxe est un sport extrêmement complet qui sculpte toutes les parties du corps de façon très harmonieuse, vu que tout est mobilisé en même temps et tout le temps. Il est donc souvent adapté dans une version édulcorée et dopée à la mauvaise pop pour le fitness des filles... à ce stade, c'est plus vraiment de la boxe, évidemment.
Bref, mine de rien, Caitlin se débrouillait bien dès le début. Déjà athlétique, physique californien typique (grande et mince, blonde, yeux bleus), elle m'avait impressionnée par son dynamisme, son air très décidé. On a travaillé ensemble depuis le début, on est les deux seules filles à être restées depuis le début de l'année, sur les quatre ou cinq qui avaient commencé.
Elle a été un des premiers moteurs de ma motivation, on se soutenait dans les entraînements, qui étaient très durs physiquement au début de l'année. Si elle tient, je tiens, et vice versa, on corrigeait nos défauts chacune à son tour, progressant dans la technique en formant notre regard. A la boxe, une grande part de l'apprentissage se fait par l'observation des moindres détails, chez les autres comme chez soi. Ce qui fait très vite la différence entre les vrais boxeurs et ceux qui viennent juste pour taper dans un sac.
En fin de licence de bio, Caitlin a le sérieux et la détermination pour se battre, même si elle ne peut se défaire d'un certain manque de confiance qui l'empêche de voir ses qualités et ses progrès à leur juste valeur. Aujourd'hui, elle s'excuse toujours quand elle frappe de temps en temps, elle se laisse gagner par la fatigue au milieu d'une reprise et lâche tout, sort du match en se redressant et baissant les bras, cassant la dynamique. Il faut l'encourager à tenir, à terminer ce qui est commencé, même quand les gants pèsent des tonnes au bout des poings et que les pieds sont décidément ancrés au sol, privés de leur habituelle légèreté. Mais elle ne lâche jamais vraiment, se reprend et se replonge dans l'action.
Question style, son caractère se traduit par une extrême tension, très communicative. On lit la peur dans ses yeux, dans ses épaules, sa posture raide. Elle marche à l'angoisse, et excelle avec l'énergie du désespoir. La semaine dernière, elle m'a complètement transmis ces émotions et j'ai été totalement dépassée par ce flot de terreur qui se déversait sur moi, alors que techniquement, à présent, je suis meilleure (pas de beaucoup, mais suffisamment) et ne devrais pas être si impressionnée. Mais rien à faire, voir quelqu'un s'approcher pour frapper avec le regard de celui qui peut mourir à tout instant est paralysant, littéralement. Une froide détermination, voire une véritable volonté de faire mal ne sont pas aussi dures à absorber et à retourner contre l'adversaire. Mais tout le monde ne se bat pas avec les mêmes motivations et les mêmes armes.
La peur n'est pas un mauvais fuel pour le boxeur, à condition qu'il le maîtrise, ce que Caitlin parvient à faire la plupart du temps. Dans ces moments, typiquement les dernières secondes d'une reprise de trop où le souffle est lourd, les bras trop lents, le corps vidé, Caitlin s'anime d'une force noire, qui vient du mental et pas du physique: tout lâche, se détend, et elle devient la boxeuse qu'elle sera une fois pour toutes lorsqu'elle aura plus d'expérience. Une boxeuse dangereuse avec des nerfs redoutables, prête à tout pour ne pas se laisser prendre par la douleur, qui jette toutes ses forces dans la bataille avec puissance et rapidité.
Jewel est un peu son contraire sur le ring: posée, très défensive, elle guette et attend son heure, surprend toujours, frappant quand on ne l'attend pas. Il faut se méfier de l'eau qui dort... elle ne montre pas de colère, pas de rage de vaincre. Rien n'affleure sur son visage pour troubler son calme et sa patience, sa résistance à l'effort et son sens du sacrifice pour le sport. Je ne la connais que peu, mais de nous toutes, c'est elle la battante: jeune femme noire, dont les parents sont morts il y a quelques années, elle est venue avec sa soeur de Floride pour étudier dans l'une des meilleures universités américaines et a dû, comme beaucoup d'étudiants, faire un excellent dossier pour être admise et obtenir une bourse (obligatoire, à 30 000 dollars l'année...). Il se passe quelque chose d'étrange chez les boxeurs: ceux qui sont agressifs et combatifs dans la vie passent de l'autre côté sur le ring, et vice versa. Jewel est une jeune femme très forte, déjà endurcie par des épreuves que beaucoup ont le confort de ne pas connaître. Elle ne se laisse pas marcher sur les pieds, n’aboie pas souvent mais peut mordre sans prévenir si quelqu'un franchit la ligne de sa patience. Sur le ring, c'est alors sa fragilité qui remonte à la surface. Alors qu'elle réagit de façon très impulsive dans la vie, la voilà attentive, posée, très appliquée et presque passive: elle pose ses coups comme on avance des pions aux échecs, avec autant de calcul et de sérénité, en un sens. C'est souvent très efficace et payant, même si le défaut de cette qualité est qu'elle ne montre pas un caractère très fort pendant un match, ce qui joue sur les impressions des arbitres qui peuvent penser, à tort, qu'elle n'a pas la main sur son adversaire.
A côté, Nessa brille par sa présence très forte et confiante. A 34 ans, une carrière de boxeuse pro derrière elle, elle est une coach pétillante, qui plie mais ne rompt jamais face à nos coups, enchaînant les reprises inlassablement malgré son mètre cinquante-quatre pour ses quarante-cinq kilos toute mouillée. Jewel, la plus légère de nous trois (Caitlin et moi), la dépasse déjà d'une dizaine de kilos, ce qui équivaut à plus de deux catégories de poids en boxe féminine. Quant à moi, en ce moment, je pèse soixante-six kilos, ce que je pesais déjà avant de boxer, sauf qu'entre temps, le muscle a gagné du terrain... Si je place un crochet gauche sur sa tempe en frappant de toutes mes forces, je pourrais mettre Nessa à terre sans trop d'efforts. Heureusement, on n'utilise que 70% (grand maximum) de notre puissance de frappe aux entraînements, et il est encore rare que mes crochets atteignent leur cible et soient parfaitement exécutés.. d'autant plus que Nessa a, bien entendu, beaucoup plus d'expérience et de technique que nous toutes réunies. Sa frappe est pédagogique: face à nous, elle est calme, travaille sur nos points faibles, nous indique nos défauts en brisant notre défense. Les reprises sont toujours très instructives. Parfois, lorsqu'on est en confiance, elle attaque, balance quatre, cinq, six coups, et on sent le potentiel d'agressivité qu'elle peut avoir face à des adversaires dignes de ce nom. Son format "brindille" (elle rentre à peine dans la catégorie de poids la plus légère en boxe, et a donc toujours combattu hors de sa catégorie, contre des femmes plus lourdes, plus grandes, donc nécessairement plus fortes physiquement) est largement compensé par une personnalité de tueuse: sur le ring, elle est là pour abattre sa concurrente, sans pitié, et par tous les moyens, tant pis pour l'autre, elle n'avait qu'à pas se pointer... Nessa ne s'assoit pas entre les reprises: ce n'est pas une technique d'intimidation, c'est juste qu'elle n'aime pas ça, mais les autres n'y voient qu'une détermination sans bornes, portée par une assurance et un ego solides, des qualités précieuses dans un sport de spectacle où beaucoup se joue dans l'apparence - c'est pour cela que certains matches sont gagnés avant que la cloche ne retentisse...
Et moi, dans tout ça? L'ovni total, la petite française débarquée de nulle part qui a remonté la pente de son délabrement physique avec une vitesse qui en a surpris plus d'un (à commencer par elle). A l'écoute, concentrée et appliquée comme les autres filles, tous les coaches apprécient sa motivation. D'où des progrès rapides et conséquents auxquels manquent l'expérience du ring, qui parfois l'impressionne, et crée des blocages qu'il faut ensuite dépasser. Pas si facile de remonter sur le ring après une reprise qui s'est particulièrement mal passée.
L'application de la technique n'est pas toujours aisée en pratique, la panique étant un ennemi stratégique considérable. Malgré tout, la persistance des entraînements porte ses fruits et le style s'affine peu à peu. Avec de meilleurs mouvements arrive plus d'aisance et de détente, ce qui me permet de faire ce que je fais le mieux: réfléchir. Sur le ring, j'avance, j'attaque, et je vois la réaction. Ensuite, je modifie l'approche, j'essaye de mettre la pression avec des feintes pour pousser à la faute et exploiter les failles repérées. Trop de coups? Je les rends, en double, et je dégage pour reprendre mon souffle. L'endurance peine à venir, mais ça ne se construit pas en six mois. J'ai déjà doublé ma vitesse de course à pied et probablement aussi mon volume de muscles, mais ce n'est pas suffisant, il faudrait un régime mieux adapté et quelques entraînements de plus. Mais mon côté bon-vivant a le dessus sur mes ambitions. Tant pis, j'encaisse tous les efforts que je ne fais pas et j'apprends mes leçons, avec plus ou moins de patience envers mes capacités d'apprentissage. Monter sur le ring et passer deux minutes à prendre des coups en sachant que rien, littéralement rien n'avance peut susciter une certaine fureur. Il faut accepter de lâcher, partir, dormir mal en ruminant tout ce qui n'allait pas, la rage dans les poings qui frappent dans le vide, réflexe qui me réveille souvent les nuits qui succèdent des entraînements se passent mal et revenir le lendemain, effacer le sale caractère et chercher le conseil qui éclairera le problème d'une lumière nouvelle pour en démêler le noeud.
Conclusion (version longue, désolée):
La boxe m'a appris beaucoup (et continue de le faire), et a aussi révélé une personnalité que je ne dévoile pas en société. Ce que je préfère sur le ring? Me battre avec les garçons qui me dépassent largement en taille et en poids, juste pour leur montrer que je suis meilleure qu'eux. Ils me disent naïvement de ne pas hésiter, et pendant deux minutes, en général, ils ne comprennent pas bien ce qui leur arrive... Si Caitlin utilise la pression qu'elle se met pour tenir, ma dope c'est la rage que je laisse habituellement couler au fond, tout au fond.
Pendant l'échauffement, je fais remonter la colère, la frustration, les désirs inassouvis, les envies de se venger, l'idiot qui n'a jamais rappelé, ce type ridicule qui se croit féministe, l'espèce d'empaffé qui a osé toucher les fesses d'une fille comme si c'était sa propriété... Tout ce qui me met la rage, en particulier les hommes, s'impriment sur ma cible. Je ne lève jamais les yeux vers le visage de mes adversaires: ce n'est pas contre eux que j'ai quelque chose, je les respecte car ce sont des boxeurs. Pas comme ceux qui portent des coups, bien plus vicieux et gratuits, hors du ring. Ce sont eux que je vois et que j'affronte. Après trois heures d'entraînement bien menées, je ressors en général physiquement épuisée mais encore énergique à cause de l'adrénaline, et le monde semble alors à portée de poings. Difficile de reconnecter avec la vie en société où il faut sourire, faire la fille, accepter les commentaires... Ah bon, tu boxes? Une fille qui boxe! Alors tu penses que t'es plus forte que moi? Si tu savais, tu rigolerais moins, sombre imbécile... En anglais, les filles et les garçons sont tous "boxers": il n'y a pas de genre, et sur le ring, pas de différence. Hors de cet espace, je devrai toujours gagner le respect qu'on donne aveuglément à n'importe quel mec en exhibant mes qualités soi-disant masculines et viriles pour avoir de la crédibilité. Avec les types sympas, je change de sujet avec un sourire. Je n'ai pas la même patience avec ceux qui pensent m'impressionner en roulant des mécaniques et me racontant qu'ils soulèvent de la fonte.
Moi, coco, j'ai soulevé des montagnes pour en arriver là, j'ai franchi des contrées dont tu ne connaîtras jamais l'existence, et tu périras dans la triste ignorance de tous les combats que tu n'auras pas eu à mener et qui ne t'auront pas grandi. Alors dégage, misérable, je ne feindrai pas une droite pour ton pur plaisir, je ne suis pas une attraction, je boxe, c'est ma vie, c'est mon âme, c'est une complexité fascinante et incommensurable que je découvre à peine, mais toi, toi, tu n'en verras rien.
D'abord il y a Caitlin, avec elle tout a commencé en août. Elle avait déjà pratiqué la boxe avec un coach personnel, mais pour l'efficacité de l'entraînement, pas pour la technique ou la compétition. Il est vrai que la boxe est un sport extrêmement complet qui sculpte toutes les parties du corps de façon très harmonieuse, vu que tout est mobilisé en même temps et tout le temps. Il est donc souvent adapté dans une version édulcorée et dopée à la mauvaise pop pour le fitness des filles... à ce stade, c'est plus vraiment de la boxe, évidemment.
Bref, mine de rien, Caitlin se débrouillait bien dès le début. Déjà athlétique, physique californien typique (grande et mince, blonde, yeux bleus), elle m'avait impressionnée par son dynamisme, son air très décidé. On a travaillé ensemble depuis le début, on est les deux seules filles à être restées depuis le début de l'année, sur les quatre ou cinq qui avaient commencé.
Elle a été un des premiers moteurs de ma motivation, on se soutenait dans les entraînements, qui étaient très durs physiquement au début de l'année. Si elle tient, je tiens, et vice versa, on corrigeait nos défauts chacune à son tour, progressant dans la technique en formant notre regard. A la boxe, une grande part de l'apprentissage se fait par l'observation des moindres détails, chez les autres comme chez soi. Ce qui fait très vite la différence entre les vrais boxeurs et ceux qui viennent juste pour taper dans un sac.
En fin de licence de bio, Caitlin a le sérieux et la détermination pour se battre, même si elle ne peut se défaire d'un certain manque de confiance qui l'empêche de voir ses qualités et ses progrès à leur juste valeur. Aujourd'hui, elle s'excuse toujours quand elle frappe de temps en temps, elle se laisse gagner par la fatigue au milieu d'une reprise et lâche tout, sort du match en se redressant et baissant les bras, cassant la dynamique. Il faut l'encourager à tenir, à terminer ce qui est commencé, même quand les gants pèsent des tonnes au bout des poings et que les pieds sont décidément ancrés au sol, privés de leur habituelle légèreté. Mais elle ne lâche jamais vraiment, se reprend et se replonge dans l'action.
Question style, son caractère se traduit par une extrême tension, très communicative. On lit la peur dans ses yeux, dans ses épaules, sa posture raide. Elle marche à l'angoisse, et excelle avec l'énergie du désespoir. La semaine dernière, elle m'a complètement transmis ces émotions et j'ai été totalement dépassée par ce flot de terreur qui se déversait sur moi, alors que techniquement, à présent, je suis meilleure (pas de beaucoup, mais suffisamment) et ne devrais pas être si impressionnée. Mais rien à faire, voir quelqu'un s'approcher pour frapper avec le regard de celui qui peut mourir à tout instant est paralysant, littéralement. Une froide détermination, voire une véritable volonté de faire mal ne sont pas aussi dures à absorber et à retourner contre l'adversaire. Mais tout le monde ne se bat pas avec les mêmes motivations et les mêmes armes.
La peur n'est pas un mauvais fuel pour le boxeur, à condition qu'il le maîtrise, ce que Caitlin parvient à faire la plupart du temps. Dans ces moments, typiquement les dernières secondes d'une reprise de trop où le souffle est lourd, les bras trop lents, le corps vidé, Caitlin s'anime d'une force noire, qui vient du mental et pas du physique: tout lâche, se détend, et elle devient la boxeuse qu'elle sera une fois pour toutes lorsqu'elle aura plus d'expérience. Une boxeuse dangereuse avec des nerfs redoutables, prête à tout pour ne pas se laisser prendre par la douleur, qui jette toutes ses forces dans la bataille avec puissance et rapidité.
| Entre deux reprises, Jason (en vert) débriefe rapidement son boxeur. |
Jewel est un peu son contraire sur le ring: posée, très défensive, elle guette et attend son heure, surprend toujours, frappant quand on ne l'attend pas. Il faut se méfier de l'eau qui dort... elle ne montre pas de colère, pas de rage de vaincre. Rien n'affleure sur son visage pour troubler son calme et sa patience, sa résistance à l'effort et son sens du sacrifice pour le sport. Je ne la connais que peu, mais de nous toutes, c'est elle la battante: jeune femme noire, dont les parents sont morts il y a quelques années, elle est venue avec sa soeur de Floride pour étudier dans l'une des meilleures universités américaines et a dû, comme beaucoup d'étudiants, faire un excellent dossier pour être admise et obtenir une bourse (obligatoire, à 30 000 dollars l'année...). Il se passe quelque chose d'étrange chez les boxeurs: ceux qui sont agressifs et combatifs dans la vie passent de l'autre côté sur le ring, et vice versa. Jewel est une jeune femme très forte, déjà endurcie par des épreuves que beaucoup ont le confort de ne pas connaître. Elle ne se laisse pas marcher sur les pieds, n’aboie pas souvent mais peut mordre sans prévenir si quelqu'un franchit la ligne de sa patience. Sur le ring, c'est alors sa fragilité qui remonte à la surface. Alors qu'elle réagit de façon très impulsive dans la vie, la voilà attentive, posée, très appliquée et presque passive: elle pose ses coups comme on avance des pions aux échecs, avec autant de calcul et de sérénité, en un sens. C'est souvent très efficace et payant, même si le défaut de cette qualité est qu'elle ne montre pas un caractère très fort pendant un match, ce qui joue sur les impressions des arbitres qui peuvent penser, à tort, qu'elle n'a pas la main sur son adversaire.
| Tout le monde regarde, certains se préparent à monter sur le ring. Au premier plan, les gambettes de Caitlin qui fait des abdos. |
A côté, Nessa brille par sa présence très forte et confiante. A 34 ans, une carrière de boxeuse pro derrière elle, elle est une coach pétillante, qui plie mais ne rompt jamais face à nos coups, enchaînant les reprises inlassablement malgré son mètre cinquante-quatre pour ses quarante-cinq kilos toute mouillée. Jewel, la plus légère de nous trois (Caitlin et moi), la dépasse déjà d'une dizaine de kilos, ce qui équivaut à plus de deux catégories de poids en boxe féminine. Quant à moi, en ce moment, je pèse soixante-six kilos, ce que je pesais déjà avant de boxer, sauf qu'entre temps, le muscle a gagné du terrain... Si je place un crochet gauche sur sa tempe en frappant de toutes mes forces, je pourrais mettre Nessa à terre sans trop d'efforts. Heureusement, on n'utilise que 70% (grand maximum) de notre puissance de frappe aux entraînements, et il est encore rare que mes crochets atteignent leur cible et soient parfaitement exécutés.. d'autant plus que Nessa a, bien entendu, beaucoup plus d'expérience et de technique que nous toutes réunies. Sa frappe est pédagogique: face à nous, elle est calme, travaille sur nos points faibles, nous indique nos défauts en brisant notre défense. Les reprises sont toujours très instructives. Parfois, lorsqu'on est en confiance, elle attaque, balance quatre, cinq, six coups, et on sent le potentiel d'agressivité qu'elle peut avoir face à des adversaires dignes de ce nom. Son format "brindille" (elle rentre à peine dans la catégorie de poids la plus légère en boxe, et a donc toujours combattu hors de sa catégorie, contre des femmes plus lourdes, plus grandes, donc nécessairement plus fortes physiquement) est largement compensé par une personnalité de tueuse: sur le ring, elle est là pour abattre sa concurrente, sans pitié, et par tous les moyens, tant pis pour l'autre, elle n'avait qu'à pas se pointer... Nessa ne s'assoit pas entre les reprises: ce n'est pas une technique d'intimidation, c'est juste qu'elle n'aime pas ça, mais les autres n'y voient qu'une détermination sans bornes, portée par une assurance et un ego solides, des qualités précieuses dans un sport de spectacle où beaucoup se joue dans l'apparence - c'est pour cela que certains matches sont gagnés avant que la cloche ne retentisse...
Et moi, dans tout ça? L'ovni total, la petite française débarquée de nulle part qui a remonté la pente de son délabrement physique avec une vitesse qui en a surpris plus d'un (à commencer par elle). A l'écoute, concentrée et appliquée comme les autres filles, tous les coaches apprécient sa motivation. D'où des progrès rapides et conséquents auxquels manquent l'expérience du ring, qui parfois l'impressionne, et crée des blocages qu'il faut ensuite dépasser. Pas si facile de remonter sur le ring après une reprise qui s'est particulièrement mal passée.
L'application de la technique n'est pas toujours aisée en pratique, la panique étant un ennemi stratégique considérable. Malgré tout, la persistance des entraînements porte ses fruits et le style s'affine peu à peu. Avec de meilleurs mouvements arrive plus d'aisance et de détente, ce qui me permet de faire ce que je fais le mieux: réfléchir. Sur le ring, j'avance, j'attaque, et je vois la réaction. Ensuite, je modifie l'approche, j'essaye de mettre la pression avec des feintes pour pousser à la faute et exploiter les failles repérées. Trop de coups? Je les rends, en double, et je dégage pour reprendre mon souffle. L'endurance peine à venir, mais ça ne se construit pas en six mois. J'ai déjà doublé ma vitesse de course à pied et probablement aussi mon volume de muscles, mais ce n'est pas suffisant, il faudrait un régime mieux adapté et quelques entraînements de plus. Mais mon côté bon-vivant a le dessus sur mes ambitions. Tant pis, j'encaisse tous les efforts que je ne fais pas et j'apprends mes leçons, avec plus ou moins de patience envers mes capacités d'apprentissage. Monter sur le ring et passer deux minutes à prendre des coups en sachant que rien, littéralement rien n'avance peut susciter une certaine fureur. Il faut accepter de lâcher, partir, dormir mal en ruminant tout ce qui n'allait pas, la rage dans les poings qui frappent dans le vide, réflexe qui me réveille souvent les nuits qui succèdent des entraînements se passent mal et revenir le lendemain, effacer le sale caractère et chercher le conseil qui éclairera le problème d'une lumière nouvelle pour en démêler le noeud.
Conclusion (version longue, désolée):
La boxe m'a appris beaucoup (et continue de le faire), et a aussi révélé une personnalité que je ne dévoile pas en société. Ce que je préfère sur le ring? Me battre avec les garçons qui me dépassent largement en taille et en poids, juste pour leur montrer que je suis meilleure qu'eux. Ils me disent naïvement de ne pas hésiter, et pendant deux minutes, en général, ils ne comprennent pas bien ce qui leur arrive... Si Caitlin utilise la pression qu'elle se met pour tenir, ma dope c'est la rage que je laisse habituellement couler au fond, tout au fond.
Pendant l'échauffement, je fais remonter la colère, la frustration, les désirs inassouvis, les envies de se venger, l'idiot qui n'a jamais rappelé, ce type ridicule qui se croit féministe, l'espèce d'empaffé qui a osé toucher les fesses d'une fille comme si c'était sa propriété... Tout ce qui me met la rage, en particulier les hommes, s'impriment sur ma cible. Je ne lève jamais les yeux vers le visage de mes adversaires: ce n'est pas contre eux que j'ai quelque chose, je les respecte car ce sont des boxeurs. Pas comme ceux qui portent des coups, bien plus vicieux et gratuits, hors du ring. Ce sont eux que je vois et que j'affronte. Après trois heures d'entraînement bien menées, je ressors en général physiquement épuisée mais encore énergique à cause de l'adrénaline, et le monde semble alors à portée de poings. Difficile de reconnecter avec la vie en société où il faut sourire, faire la fille, accepter les commentaires... Ah bon, tu boxes? Une fille qui boxe! Alors tu penses que t'es plus forte que moi? Si tu savais, tu rigolerais moins, sombre imbécile... En anglais, les filles et les garçons sont tous "boxers": il n'y a pas de genre, et sur le ring, pas de différence. Hors de cet espace, je devrai toujours gagner le respect qu'on donne aveuglément à n'importe quel mec en exhibant mes qualités soi-disant masculines et viriles pour avoir de la crédibilité. Avec les types sympas, je change de sujet avec un sourire. Je n'ai pas la même patience avec ceux qui pensent m'impressionner en roulant des mécaniques et me racontant qu'ils soulèvent de la fonte.
Moi, coco, j'ai soulevé des montagnes pour en arriver là, j'ai franchi des contrées dont tu ne connaîtras jamais l'existence, et tu périras dans la triste ignorance de tous les combats que tu n'auras pas eu à mener et qui ne t'auront pas grandi. Alors dégage, misérable, je ne feindrai pas une droite pour ton pur plaisir, je ne suis pas une attraction, je boxe, c'est ma vie, c'est mon âme, c'est une complexité fascinante et incommensurable que je découvre à peine, mais toi, toi, tu n'en verras rien.
| En plus, j'ai déjà une étoile sur le Walk of Fame de Hollywood, alors tu m'embêtes pas, d'abord, hein. |
mercredi 8 février 2012
Etre ou ne pas être... une groupie.
Bonjour/soir tout le monde,
Je suis un peu malade parce que je fais plein de choses et je ne dors pas assez, alors ce soir, hop! dodo. Je pense que ça va passer vite de toutes façons, vu que globalement je suis en forme.
A ce sujet, je découvre régulièrement de nouveaux muscles: après les fossettes dans les omoplates (oui oui oui), j'ai remarqué qu'on voyait mes abdos A TRAVERS mon T-shirt. Et ça, c'est trop la classe. (Vas-y Rocky, ramène-toi un peu à Berkeley, qu'on rigole niark niark niark).
Et sinon, aussi, je fais officiellement partie de l'équipe parce que Jewel m'a donné un T-shirt et un short avec marqué "Cal Boxing" dessus, c'est trop cool, je suis trop contente, et en plus du coup j'ai pas été obligée de laver mes affaires tout de suite. (Mais je l'ai fait le lendemain quand même.)
Et aussi, j'aide les débutants qui commencent les cours de boxe, notamment trois filles, qui sont toutes menues et hyper-inquiètes de leur absence de muscles. Alors je leur dit que c'est pas grave et que les mecs, de toutes façons, ils s'entraînent pas aussi consciencieusement que les filles tellement ils sont sûrs d'être les rois du monde. Faut voir ce type qui se prend pour Mohammed Ali et qui finit littéralement avec la gueule en sang dès qu'il pose un pied sur le ring. Il y a quelque chose de pathétique à voir les conséquences très douloureuses que peuvent avoir un excès de confiance en soi (assez typiquement masculin, d'ailleurs). Etant boxeuSE, je sais que jamais je n'aurai autant d'aplomb que lui par rapport à mon niveau. On aura beau me faire tous les compliments du monde, un combat sera toujours un moment de sévère remise en question, même s'il est victorieux. Je suis contente que pour une fois, les femmes soient favorisées par l'infériorité avec laquelle elles partent (que ce soit une force moindre ou un manque de confiance, très souvent les deux).
Bref, revenons aux jeunes filles: toutes souriantes et complètement à la ramasse question coordination, bref comme moi en août, elles ont toutes exprimé leur joie de pouvoir apprendre avec une fille - et je les comprends, même si séparer les deux sexes complètement à l'entraînement est une aberration pédagogique majeure. Cela dit, c'est sympa d'avoir quelqu'UNE pour confirmer que oui, si ta défense est bonne, ça sous-entend que ta poitrine est compressée entre tes deux bras comme quand à douze ans t'essayes d'imaginer ce que c'est un vrai décolleté. Bref, on rigole bien et j'espère qu'elles prendront goût à ce sport, qui est impressionnant pour les filles, surtout quand elles sont assez jeunes/immatures et pas très aware question féminisme (oui, lire des écrits qui décodent les relations hommes-femmes aident à gérer la confrontation sur le ring, c'est clair). La boxe peut se révéler être un moyen très efficace de prendre confiance en soi et aussi de voir que les hommes ne sont pas imbattables physiquement - en plus de constater que ceux qui ne savent pas ravaler leur fierté ne deviennent jamais de vrais boxeurs.
Alors en fin d'aprem, je débarque dans le sous-sol pour m'entraîner avec une copine (un poids super-plume, je ne sais pas comment elle frappe aussi fort), on commence, et puis tous les débutants (25 personnes environ, dont ces trois filles sus-mentionnées) arrivent dans la salle où l'on est, le coach voulant leur montrer à quoi ça ressemble vraiment, deux types qui se battent sur le ring. Je vois les filles, souris, contente de les voir toutes ensembles (à oui parce que commencer seule aussi, c'est quelque chose, heureusement que Caitlin était avec moi au premier semestre!!), je dis bonjour, et là grands sourires, "Hi Ann-Lyyyyys!" (accent sur la deuxième syllabe oblige) en mode GROUPIE complet. Vous voyez ces mangas où pour signifier l'admiration totale, les dessinateurs mettent un filet de bave au coin de la bouche agrandie en un sourire béat et remplacent les yeux par des étoiles ou des trucs du genre? Bah c'était ça. Ca m'a fait un peu peur (vous me connaissez, je suis pas du genre à répondre "oh salut, ça va? il est trop cool ton mini-short rose, je kiffe"), et à côté, les 22 types étaient tous en train de se demander ce qu'elles avaient.
Bon j'ai pas trouvé d'illustration correcte, donc ce dessin n'a rien à voir, mais j'aime beaucoup le chat. En fait, c'est un peu la tête que j'ai fait (c'est globalement mon expression quand je suis prise de court par des démonstrations d'affection excessives soudaines) quand je me suis rendue compte de leur groupitude (j'ai dû passer un quart d'heure avec elles, à leur répéter ce que Jason disait, alors je pensais pas être une telle source d'inspiration). Puis je me suis dit, bah, elles sont jeunes, et puis elles ont pas vu Jewel ou Crystal sur le ring (qui sont genre euh... VACHEMENT meilleures que moi, entre autres). Ca me gêne parce que c'est un peu injustifié, tout ça, et en même temps je comprends qu'elles aient besoin d'un modèle féminin fort dans un sport pareil. Il est temps que Nessa revienne, parce que j'ai pas trop envie d'assumer ce statut, d'autant que je ne le mérite pas vraiment. (genre la fille qui a pas cours donc qui peut s'entraîner quand elle veut, à côté de, au hasard, Jewel, jeune femme Afro-Américaine qui a une bourse pour ses études et dont les deux parents sont décédés genre y a super longtemps, ce qui en impose quand même un peu plus... c'est mon modèle à moi, je suppose...).
Bref, je réfléchissais à ce moment tout à l'heure en prenant dans ma pile de bouquins récemment empruntés à la bibli (ah oui je vous raconterai la bibli aussi, c'était génial - je précise, la bibli de Berkeley, c'est un peu genre le Louvre, faut aller plusieurs fois pour connaître toutes les salles). J'ouvre celui d'Ellroy, My Dark Places (Ma part d'ombre, son premier volume de mémoires), religieusement, je regarde la première page, puis la seconde et là:
Une envie furieuse de trépigner me prend, la bave pend à mes lèvres face à un J et trois coups de stylo qui ressemblent à un E vu par Jackson Pollock bourré qui ferme les yeux devant sa toile.
Je repense aux filles de la boxe, j'imagine la tête d'Ellroy s'il me voyait perchée aussi haut dans NunucheLand et je me marre.
Je suis un peu malade parce que je fais plein de choses et je ne dors pas assez, alors ce soir, hop! dodo. Je pense que ça va passer vite de toutes façons, vu que globalement je suis en forme.
A ce sujet, je découvre régulièrement de nouveaux muscles: après les fossettes dans les omoplates (oui oui oui), j'ai remarqué qu'on voyait mes abdos A TRAVERS mon T-shirt. Et ça, c'est trop la classe. (Vas-y Rocky, ramène-toi un peu à Berkeley, qu'on rigole niark niark niark).
Et sinon, aussi, je fais officiellement partie de l'équipe parce que Jewel m'a donné un T-shirt et un short avec marqué "Cal Boxing" dessus, c'est trop cool, je suis trop contente, et en plus du coup j'ai pas été obligée de laver mes affaires tout de suite. (Mais je l'ai fait le lendemain quand même.)
Et aussi, j'aide les débutants qui commencent les cours de boxe, notamment trois filles, qui sont toutes menues et hyper-inquiètes de leur absence de muscles. Alors je leur dit que c'est pas grave et que les mecs, de toutes façons, ils s'entraînent pas aussi consciencieusement que les filles tellement ils sont sûrs d'être les rois du monde. Faut voir ce type qui se prend pour Mohammed Ali et qui finit littéralement avec la gueule en sang dès qu'il pose un pied sur le ring. Il y a quelque chose de pathétique à voir les conséquences très douloureuses que peuvent avoir un excès de confiance en soi (assez typiquement masculin, d'ailleurs). Etant boxeuSE, je sais que jamais je n'aurai autant d'aplomb que lui par rapport à mon niveau. On aura beau me faire tous les compliments du monde, un combat sera toujours un moment de sévère remise en question, même s'il est victorieux. Je suis contente que pour une fois, les femmes soient favorisées par l'infériorité avec laquelle elles partent (que ce soit une force moindre ou un manque de confiance, très souvent les deux).
Bref, revenons aux jeunes filles: toutes souriantes et complètement à la ramasse question coordination, bref comme moi en août, elles ont toutes exprimé leur joie de pouvoir apprendre avec une fille - et je les comprends, même si séparer les deux sexes complètement à l'entraînement est une aberration pédagogique majeure. Cela dit, c'est sympa d'avoir quelqu'UNE pour confirmer que oui, si ta défense est bonne, ça sous-entend que ta poitrine est compressée entre tes deux bras comme quand à douze ans t'essayes d'imaginer ce que c'est un vrai décolleté. Bref, on rigole bien et j'espère qu'elles prendront goût à ce sport, qui est impressionnant pour les filles, surtout quand elles sont assez jeunes/immatures et pas très aware question féminisme (oui, lire des écrits qui décodent les relations hommes-femmes aident à gérer la confrontation sur le ring, c'est clair). La boxe peut se révéler être un moyen très efficace de prendre confiance en soi et aussi de voir que les hommes ne sont pas imbattables physiquement - en plus de constater que ceux qui ne savent pas ravaler leur fierté ne deviennent jamais de vrais boxeurs.
Alors en fin d'aprem, je débarque dans le sous-sol pour m'entraîner avec une copine (un poids super-plume, je ne sais pas comment elle frappe aussi fort), on commence, et puis tous les débutants (25 personnes environ, dont ces trois filles sus-mentionnées) arrivent dans la salle où l'on est, le coach voulant leur montrer à quoi ça ressemble vraiment, deux types qui se battent sur le ring. Je vois les filles, souris, contente de les voir toutes ensembles (à oui parce que commencer seule aussi, c'est quelque chose, heureusement que Caitlin était avec moi au premier semestre!!), je dis bonjour, et là grands sourires, "Hi Ann-Lyyyyys!" (accent sur la deuxième syllabe oblige) en mode GROUPIE complet. Vous voyez ces mangas où pour signifier l'admiration totale, les dessinateurs mettent un filet de bave au coin de la bouche agrandie en un sourire béat et remplacent les yeux par des étoiles ou des trucs du genre? Bah c'était ça. Ca m'a fait un peu peur (vous me connaissez, je suis pas du genre à répondre "oh salut, ça va? il est trop cool ton mini-short rose, je kiffe"), et à côté, les 22 types étaient tous en train de se demander ce qu'elles avaient.
| Observez bien ces yeux légèrement saillants, tels ceux de Marion Cotillard quand elle joue (mal) celle qui réfléchit. |
Bref, je réfléchissais à ce moment tout à l'heure en prenant dans ma pile de bouquins récemment empruntés à la bibli (ah oui je vous raconterai la bibli aussi, c'était génial - je précise, la bibli de Berkeley, c'est un peu genre le Louvre, faut aller plusieurs fois pour connaître toutes les salles). J'ouvre celui d'Ellroy, My Dark Places (Ma part d'ombre, son premier volume de mémoires), religieusement, je regarde la première page, puis la seconde et là:
OH MON DIEU, UNE DEDICACE!
Je repense aux filles de la boxe, j'imagine la tête d'Ellroy s'il me voyait perchée aussi haut dans NunucheLand et je me marre.
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