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lundi 25 juin 2012

La vie au grand air.

Info n°1: seul, le cheval angoisse et appelle ses copains très fort.

Info n°2: demain, j'emmène les vaches au marché.

Plus de détails dans un flash spécial RANCH bientôt, avec photo-reportage exclusif mondial en direct du Nord de la Californie.

Portez-vous bien, moi je me lève à six heures demain matin. (ceci n'est pas une blague.)

MEUH.

vendredi 22 juin 2012

Plus sérieusement...

En continuant mon futile furetage sur Internet, j'ai arrêté de rire en découvrant l'existence du groupe islamiste Ansar Dine: suspecté d'avoir des liens avec Al-Qaeda, ces extrémistes ont autorité sur une partie du Mali, terrritoire où ils comptent imposer leur version de la chariah, à savoir que les femmes seront voilées, les voleurs amputés des mains et les adultères lapidés. Ils auraient banni la musique malienne et occidentale (bon pour la deuxième c'est pas vraiment un mal, mais ces couillons vont réussir à effacer tout un pan de culture avec leur sectarisme), les bars, le football, et les jeux vidéos.
Ah oui, aussi, ils ont donné 100 coups de fouet à un couple qui avait eu un enfant hors mariage. La femme est toujours à l'hôpital, enceinte de trois mois.

Vu comment on s'occupe bien de la Syrie, je suppose que ces pauvres gens peuvent attendre longtemps avant que cette info ne fasse de quelconques vagues. Printemps des peuples, tu parles.

Je sais pas si il y une malédiction sur l'Afrique, mais déjà qu'ils se sont tapés des colonisateurs de tous bords, ils sont pas mal barrés maintenant avec la poignée d'illuminés qu'ils se récupèrent. Y a plus qu'à espérer qu'ils s'entretuent tous. D'ici là, y aura plus grand monde de toutes façons, puisque tous les Chrétiens ont déjà commencé à s'enfuir.

Sur ce, bonne journée. Chez moi, il pleut. 

De bien jolis minois à l'Assemblée...ET TA MERE???

L'éminente feuille de chou (pour ne pas dire de PQ) nommée Direct Matin a soulevé la polémique récemment (je vais pas dire la date parce qu'avec le décalage horaire, je doute de la validité de notre calendrier pour mesurer le temps) en publiant un article fort journalistique sur les "plus jolies femmes de l'Assemblée" (sic-k-).
Devant la (logique) levée de boucliers (et pour une fois, même pas besoin des vraies féministes pour relever la bourde), le sus-dit torchon a retitré plus sobrement (enfin, on fait ce qu'on peut, quand on possède le talent littéraire d'une huître persillée sortant du four) "les plus jolis minois de l'Assemblée". Et on se doute que dedans y a pas les hommes hein.



Alors je vais même pas faire l'effort de mettre le lien vers cet article, que j'ai pris la peine de lire, mais qui est d'un inintérêt profond, que dis-je, abyssal, que dis-je, gouffrier. (ce mot n'existe peut-être pas, mais ça fait penser à des gaufres, alors j'aime bien, voilà.)
Et le débat a été largement diffusé dans la presse et sur Internet, donc c'est pas comme si j'avais le scoop du siècle, mais je saisis chaque occasion pour rendre aux sexistes de tous bords la monnaie de leur pièce, et il se trouve que cet "article" offre la possibilité de faire de l'humour con, facile, et méchant. Alors je vais pas me priver, comme ça, de bon matin.

Je propose donc à DirectMatin, qui visiblement, ne sait pas trop de quoi parler en termes de ligne éditoriale (ben c'est vrai que la Syrie, on s'en tape le coquillard, quoi) quelques idées qui feront grand bruit par leur intelligence et leur finesse, puisque quand on commence avec un papier sur les jolis minois de l'Assemblée, pourquoi s'arrêter en si bon chemin.

* Les meilleures députées-ménagères
Le journaliste rencontrera au péril de sa vie les députées pour savoir si elles font du bon café le matin et si elles passent l'aspirateur correctement dans les bureaux de leurs collègues mâles. Un bonus sera accordé à celles qui pensent à faire la poussière sur les bureaux.

* La nouvelle star (de l'Assemblée).
Grâce à un micro-trottoir impromptu à la sortie du Parlement, on demandera aux députées de reprendre librement une chanson au choix d'Edith Piaf, afin de s'assurer de leur professionnalisme et de leur capacité à représenter correctement leurs concitoyens.
Un conseil, Mesdames: préparez la choré. 

* Concours de strip-tease ministériel
DirectMatin organisera une compétition de strip-tease composée de deux épreuves, pole dance et lap dance, auprès du Président de Hollandie et d'un jury composé de BHL et autres spécialistes de la discipline, compétition ouverte à toutes les ministres, afin de savoir qui est la meilleure séductrice (et donc qui sera envoyée chez Bachar al-Assad pour tenter de le convaincre d'arrêter le massacre). Kamel Ouali prépara les concurrentes en personnalisant leurs chorégraphies et en choisissant leurs musiques.
A noter que Marylise Lebranchu est exemptée, sa hanche lui fait mal.


***

Et aussi, je veux une photo de Hollande en string bonbon. Si, si, vous savez ce que c'est:


Voilà voilà, n'hésitez pas à faire part de vos propres suggestions à DirectMatin, ils apprécieront beaucoup!!!

mercredi 20 juin 2012

Lily on the ranch -2- Portrait de famille.

Alors, comme promis, voici les différentes personnalités qui font vivre la propriété. On va d'abord commencer par ceux qui ne sont pas là, c'est-à-dire qui sont en vacances à Hawaï, les petits chanceux:

La mère: Barbara. 
Diplômée de UC Davis, où elle a rencontré son mari, c'est elle qui a organisé mon séjour, via des échanges de mails. Je ne l'ai pas rencontrée, mais je sais qu'elle est très gentille et qu'elle adore cuisiner.

Les filles, Erin et Robin.
Soeurs jumelles, Erin a été ma coloc cette année, c'est elle qui m'a mise en contact avec ses parents. Les deux soeurs souffrent des même allergies que leur père, mais ça ne les empêche pas de cuisiner, et c'est tant mieux. Erin fait d'excellents gâteaux et m'a dit que Robin voulait écrire un livre de cuisine.
Elles ont 19 ans et sont à l'université, Erin à Berkeley (où elle fait de la linguistique et du russe) et Robin à Davis, comme ses parents.
Elles ont également un frère aîné, Drew, que je n'ai pas rencontré.


Sur le ranch, maintenant, voici ceux qui m'entourent:

Buzz, le chef.
Buzz (de son vrai nom Leonard, mais Buzz c'est vachement plus cool) est véto de formation, il a repris la propriété en se mariant à Barbara, qui possède la majeure partie du ranch avec sa soeur. A 58 ans, il n'est pas dans le meilleur état physique à cause d'une allergie au gluten diagnostiquée tard et qui l'a donc abîmé pendant longtemps, et aussi à cause du travail éreintant qu'il fait toute l'année, au gré des besoins du troupeau. Rien n'entame son enthousiasme, même pas ses problèmes de dos assez conséquents, qui ne s'arrange pas avec les longues chevauchées imposées par le métier.
Toujours souriant et très doux, il m'a accueillie comme un membre de la famille et fait des steaks au barbecue tous les soirs (quand ce n'est pas du poulet). Nous aimons tous les deux la viande saignante et Obama. Il m'a raconté que Bush l'avait définitivement guéri du parti républicain. Tu m'étonnes.
Le soir, en regardant le journal télé, nous nous réjouissons donc du dernier coup de poker du Président (sa déclaration sur les immigrants illégaux entrés sur le territoire en tant que mineurs), qui confusionne les clowns conservateurs depuis des jours. C'en est presque plus drôle qu'au temps de Sarah Palin.

Carol, la Mamma.
Carol est la "doyenne", du haut de ses 66 ans et de son mètre quatre-vingt, elle règne sur le jardin et le potager de Barbara sans partage, assistée du jeune Joe (si je me souviens bien du prénom, je n'ai pas eu l'occasion de lui parler). Buzz et elle sont comme deux doigts de la main, Buzz m'a même dit que quand elle n'était pas là (elle passe chaque hiver au Mexique), il s'ennuyait et tournait un peu en rond.
C'est sûr que travailler dehors sans avoir personne avec qui rigoler, c'est tout de suite moins drôle.
Carol chambre tout le monde gentiment et joue un rôle de décompresseur. Comme elle fait des blagues à tout bout de champ, on en oublie la pénibilité de la tâche et en sa présence, la fatigue retombe et l'atmosphère se détend sensiblement.
Carol vient de Rochester, NY (la ville où j'ai été deux semaines en 2008), mais elle est tombée amoureuse de la Californie et de son climat méditerranéen. Elle a été en France dans sa jeunesse, mais voyage moins depuis qu'elle a arrêté de prendre l'avion (elle a développé une phobie au fil des ans). Elle va régulièrement et longuement au Mexique, et elle est très intéressée par l'Amérique du Sud, notamment parce qu'elle a travaillé en relation avec certains de ces pays lorsqu'elle faisait partie d'Amnesty International, à Los Angeles, dans les années 80 - c'est-à-dire pendant que les Américains faisaient les cons au Salvador.
Elle a aussi travaillé en prison.
Maintenant elle jardine. Je suppose que c'est apaisant.

Sheryl, la femme qui murmurait à l'oreille des chevaux. 
Sans déconner, c'est Robert Redford en mieux, parce qu'elle, elle existe. Voisine de Buzz, elle ne possède pas autant de terres mais a des chevaux, qu'elle sait écouter. Elle monte avec une aisance impressionante, même dans les endroits les plus escarpés. Etre cow-boy consiste à encercler des vaches pour les amener à un point précis, ce qui implique de réagir très vite et de travailler en groupe: il faut parfois couper à travers champs, ou plutôt ici des zones boisées avec un sol humide très meuble qui glisse sous les sabots des chevaux et des bois morts éparpillés partout, sans parler des marécages occasionnels. On n'est pas sur les gentils terrains de compétition d'équitation à la française.
Ici, on monte en jeans et bottes, avec un Stetson pour se protéger du soleil (quand on chevauche six heures pour récupérer du bétail, ça aide). C'est éreintant pour tout le monde, chevaux compris, alors il faut savoir garder la tête froide et s'imposer en permanence à l'animal pour le pousser sans le briser.
Lundi, quand j'ai monté Zip, un cheval d'environ 20 ans, Sheryl n'a pas mis cinq minutes à comprendre pourquoi il renâclait à bouger. Non seulement je n'ai aucune autorité sur les choses plus grosses que moi, mais en plus ses sabots le gênaient et lui faisaient mal.
A 51 ans, Sheryl en paraît quarante. Souriante comme Buzz, elle porte une attention maternelle à tout le monde et m'appelle "sweetie". Ca me dérange pas plus que ça, si ce n'est que c'est le nom du chat de Ma Dalton dans Lucky Luke. Avec Carol, elle traumatise gentiment Buzz (surtout que sa femme n'est pas là, il croyait avoir la paix, QUE NENNI, les femmes veillent). La rigolade tempère la pression de ces derniers jours, car il y a beaucoup de travail: il faut que les vaches soient prêtes jeudi pour être vendues au marché. Carol et Sheryl communiquent beaucoup via messes basses pour s'assurer que Buzz ne pète pas un câble avec le stress et prennen correctement soin de ses chevaux.

April, la maréchale ferrante. 
Ce qui m'amène donc à April, qui a remplacé les fers des chevaux de Buzz hier.
Quand on m'a dit que "the horseshoer" venait, le neutre m'a trompée: je me suis dit, un maréchal ferrand, trop bien, un vieux de la vieille qui connaît l'histoire de la Californie depuis la colonisation et qui raconte des histoires hallucinantes sur l'ancien temps d'où personne était né.
La surprise fut grande quand j'ai débarqué à l'écurie, toute contente de pouvoir regarder quelqu'un ferrer un cheval.
Quand j'ai aperçu la tignasse rousse relevée en un chignon pour le moins ésotérique, j'ai été un peu longue à enregistrer l'information. Ah, encore un coup de cette bonne vieille société hétéro-genrée!

Bref, le maréchal était une maréchale nommée April (Avril) âgée de 30 ans! La jeune femme aussi rousse que Zora est d'un dynamisme assez impressionant. Avoisinnant le mètre 70, elle est de physionomie plutôt mince, mais à bien y regarder, il n'y a que du muscle. Et on les voit, les muscles en question. Surtout quand elle te soulève la patte arrière d'un cheval qui a la flemme de se bouger tout seul. Et voudrait-il reposer sa papatte qu'il ne pourrait pas, parce que quand elle a un sabot dans la main, elle le lâche pas, et c'est le cheval qui abandonne. Sans rire.
Je suis donc restée coite, en totale admiration devant April pendant qu'elle s'occupait de George, pas le mieux disposé des chevaux de Buzz. Buzz et elle discutaient de choses et d'autres pendant que je regardais ce qu'elle faisait avec attention. Pas molle du bulbe, April pontue une phrase sur deux de "Heck yeah" et d'expressions provinciales que je croyais inusitées depuis le 19e siècle. Ca fait un genre de clash historique déroutant de voir ce brin de femme employer un tel lexique. Dégoulinante de sueur (il est dix heures et il fait déjà chaud), elle non plus, ne se départit pas de son sourire (la déprime serait-elle un phénomène urbain??) et me lance que ça doit être dépaysant pour moi de voir la vie de western en vrai, que ça lui fait la même chose quand elle va à Berkeley. Tu m'étonnes. Comme elle dit, là-bas, c'est spécial. Je ne peux qu'agréer.

Ferrer un cheval prend au mieux une heure.
D'abord, on enlève le vieux fer, clouté dans le sabot. Ensuite, on coupe environ un à deux centimètres du sabot qui, comme un ongle, pousse régulièrement. Après avoir limé, nettoyé et gratté l'ensemble, on prend le nouveau fer et on le pose contre le sabot pour comparer les formes. Etape délicate: à froid, il faut marteler le fer à l'aide d'une enclume prévue à cet effet pour qu'il soit de la forme du sabot. Avec le bon coup d'oeil, il faut s'y reprendre à deux fois seulement.
Ferrer un cheval implique de travailler sous lui, plié en deux, un sabot tenu coincé entre les jambes. Je ne vous raconte pas le confort de cette position.
Ensuite, donc, on pose le fer sur le sabot à l'aide de clous, dont les pointes ressortent sur le devant du sabot - il faut donc les couper avec une pince. Enfin, quelques coups de marteau pour s'assurer que l'ensemble tient bien, et un coup de lime pour que le sabot ne dépasse par le fer.
Et on recommence pour les trois autres sabots. HAVE FUN.
Quelqu'un prenant soin de ses chevaux changera leurs fers toutes les 8 semaines environ.
Pendant qu'elle choisit les fers, j'interroge April sur sa vocation.
Elle me raconte qu'elle faisait beaucoup de cheval et avait toujours été intéressée par ce métier. Puis elle précise et je comprends mieux: elle faisait de la course d'endurance avec son cheval, où il faut parcourir jusqu'à trente km par jour. Sans un bon maréchal ferrand, ce n'est même pas la peine de concourir. Par chance, celui qu'elle employait était très bien, puis un jour il a dû arrêter de travailler.
April a donc décidé de faire une école pour apprendre à ferrer les chevaux elle-même.
Elle est extrêmement populaire dans le coin, et ferre principalement des chevaux de ranch.
Elle me dit qu'elle a commencé sa journée à 7 heures 30. Pensant que c'est pas comme si un maréchal ferrand avait tant de boulot que ça, je lâche un "ouais mais c'est pas tous les jours comme ça". Elle hésite, puis répond: "si, la plupart du temps, c'est comme ça".
Je suis recoite pendant une demi-heure.
Elle travaillera encore deux heures avant de se rendre à la propriété suivante.
Voyant son camion s'éloigner, Carol me dit: "c'est un sacré brin de fille, hein, à son âge! Je ne l'avais jamais rencontrée mais ça faisait longtemps que j'en entendais parler. Elle est forte, pour travailler comme ça, elle est dynamique!"
Je dis que oui, c'est sûr, il faut être forte et dynamique pour faire un boulot pareil tous les jours en plein caniard. C'est quelque chose, vu ce que ça demande physiquement. April travaille depuis 7 ans déjà. Je n'imagine pas l'état de son dos. Pourtant, pas une plainte ne lui a échappé ce matin-là, et je doute qu'elle se plaigne souvent. Ferrer les chevaux, c'est son truc, ça se voit, même les chevaux le savent et se tiennent tranquille quand ils sont entre ses mains.

Epilogue: les chiens adorent manger les éclats de sabots des chevaux qui tombent quand April les coupe et les lime, pour une raison qui m'échappe totalement. Bref, du coup, ils s'aventurent assez près d'April et des sabots, à l'affût du moindre bout à mâchouiller. Le cheval, nerveux, ne tient pas en place et s'impatiente à cause des cabots. Ni une, ni deux, April prend sa lime (environ un kilo, j'ai soupesé), et menace les chiens avec. Ils ne traînent pas longtemps dans la zone de frappe, et il n'y a pas besoin de second avertissement.

Bobby, le pale rider, en moins pâle. 
Je ne connais pas trop Bobby, il ne parle pas beaucoup et ne sourit pas beaucoup non plus. C'est l'autre ami de Buzz qui l'aide à regrouper le bétail. Je sais qu'il monte bien à cheval aussi, mais Sheryl et April m'ont dit qu'il ne s'occupait pas très bien du sien. Un cheval peut porter 20% de son poids, ce qui fait environ 100 kgs, un peu plus parfois. Sheryl est catastrophée au vu du poids de la selle de Bobby, qui n'est pas tout maigre non plus. Apparemment, les sabots de son cheval étaient en sale état quand April les a referrés.
Tout le monde l'apprécie, mais comme c'est un taiseux, il n'est pas facile à aborder. Alors que tout le monde prépare son sandwich le midi, il s'effondre dans "son" fauteuil. Je n'ai donc pas vraiment eu l'occasion de discuter avec lui.


Pouf pouf, c'est tout pour aujourd'hui, j'ai mal à la tête à force d'écrire et il faut que je fasse la vaisselle. Ce soir, Buzz rapporte des plats thaï et Carol doit passer.
J'espère pouvoir monter à cheval demain, mais avant il faudra que j'aille finir de désherber les plants de tomates - et c'est pas de la frappe chirurgicale, c'est de l'arrachage massif. D'ailleurs je vais peut-être faire ça maintenant.
Il va aussi falloir dire bonne nuit à tous les chats de la maison - on n'a pas fini.
Heureusement, il y a le Blueberry Cobbler qui nous attend.

L'aventure (culinaire) continue

Aujourd'hui, il n'y a personne sur le ranch.
J'ai donc décidé de cuisiner, parce que la maison est pleine de bouffe et de livres de cuisine.
Mon choix s'est donc arrêté sur un joli livre de recettes de gâteaux sans gluten, parce que tout le monde chez les Lindsay, sauf la mère, y est allergique (il y a plusieurs causes à cela, dont des maladies auto-immunes pas sympas du tout qui peuvent se déclencher assez tard dans la vie).
Pas de gluten, donc, et pas de produits laitiers non plus (pourquoi n'avoir qu'un problème de santé à la fois? C'est toujours plus fun quand y en a deux). Buzz (le chef de famille) est aussi allergique au saumon, mais Dieu merci, on fait peu de pâtisseries avec cet ingrédient.
Bref, j'avais déjà repéré un paquet de myrtilles qui dégénérait esseulé dans le frigo, et je me disais qu'une tarte ne me ferait pas de mal (ben quoi, c'est vrai).
Et, en feuilletant le bouquin sus-mentionné, je suis tombée sur une recette de "Blueberry Cobbler".

Alors petit point linguistique, un "cobbler" est un cordonnier. A ceux qui s'enquièrent donc du pourquoi du comment de l'étymologie de ce gâteau, je propose d'aller regarder dans un dico de cuisine. Du genre de ceux qui n'existent pas, parce que c'est bien connu, les mots qu'on veut sont JAMAIS dans les dico (sinon j'aurais des meilleures notes en thème).

Bon, ben on n'avance vachement avec ça.
Alors j'expikunpeu: le cobbler est constitué de deux parties, des fruits (d'été, ou rouges, en général) et une pâte à gâteau de base, nature.
Je vais être plus claire (et pour cela vais devoir recourir à quelques vils stéréotypes): imaginez un Américain qui veut faire une tarte aux fruits. Vous rigolez, et vous avez raison. Déjà, les tartes, ils connaissent pas ou peu, sauf quand c'est fourré au beurre de cacahuète/chocolat et recouvert de crème chantilly - yeurk au bout de deux bouchées. Et encore, je suis gentille.
Donc, lorsque l'Américain manipule le fruit en vue de l'ingérer, il peut décemment pas juste le nettoyer, le couper en pitits cubes et le disposer amoureusement sur une merveilleuse pâte sablée. Nan, il est obligé de noyer ledit fruit dans du sucre (je ne parle pas de caraméliser, ça c'est le niveau Michelin, pas MacDo). Ce que j'ai donc fait, puisque j'ai respecté la recette (moi j'obéis aux ordres, monsieur).
Dans une poêle, avec de la cannelle et un jus de citron (bah oui parce que la madame qui fait le livre est chef, donc c'est un minimum évolué).
Bien.
Ensuite, l'Américain se dit qu'il faut du gâteau. Il mélange donc de la farine, du beurre, du lait, fait une pâte un peu collante et la dispose à grands coups de cuillerées que vous aurez deviné peu subtiles sur la mixture fruitière préalablement disposée dans un plat à gratin (le moule à gâteau, c'est pareil, niveau Michelin, pas avant).
Ce que j'ai fait aussi. Le résultat est vaguement moche et irrégulier. On dira que ça fait rustique, puisque c'est la nouvelle mode "retour à la terre" en cuisine en ce moment (bon, à part pour ceux qui font mumuse avec des molécules de moules dans un tube à essai, mais ça c'est une autre histoire, et ça n'a certainement pas encore touché la ménagère Américaine).

Donc voilà, l'étape de faire fondre les myrtilles dans le sucre s'est bien passé. Le problème est plus dans la pâte, parce que sans gluten, pas de moelleux. Du coup, il faut le recréer en mélangeant environ 400 farines différentes ensemble. Pas chiants, les allergiques au gluten. J'ai donc utilisé: de l'amidon de maïs, de la farine de tapioca, de la gomme xanthane (j'avais pas de gomme guar, scuzé du peu), de la farine de maïs, de la levure et un autre truc qui ressemble à de la levure. En plus, j'ai ajouté un substitut de beurre et du lait de soja. Ca ressemblait, de vue, à une pâte à gâteau plutôt classique.
Alors j'ai goûté.
Ben cru, c'est dégueulasse.
Et franchement, j'ai pas méga-envie que ça sorte du four parce que je crains le résultat gustatif de la mixture. C'est dommage, parce que j'avais vraiment envie de croire que les trucs sans gluten et avec du faux beurre sont bons - mais c'est pas vrai.

Enfin, dans ma grande bonté, j'ai quand même fait un reportage photo de mon aventure, parce que c'était fun:

La cuisine, à l'américaine, immense et aux plans de travail bien trop hauts, évidemment.

Ledit livre de cuisine.

Mon goûteur. Nan c'est pas vrai. Toutes façons, ces chats, ils bouffent rien, ils aiment pas le steak, ils sont trop nazes.

La totalité des ingrédients. Qu'il me manque, mon bête paquet de farine.

La même photo, mais plus près.

La même photo, encore plus près. (c'est pour faire le suspense)

L'étape Bluberry. Miomchompchompslurp.

Dans le four, prêt à cuire.

Là, on voit la disposition rustique. En fait, j'aurai dû utiliser une petite cuillère, pas une grande.
Voilà, 25 minutes plus tard, c'est cuit. Comme j'ai mis trois heures à écrire ce post, je viens de goûter à mon chef d'oeuvre: bon, c'est meilleur que quand c'est cru, ce qui est toujours ça de gagné. Mais le goût du beurre manque dans cette pâte sans sucre qui serait bien meilleure sans levure et sans xanthane, qui donnent un goût chimique pas terrible. Autre problème: la texture. La plupart des farines employées sont extra-fines, genre difficile à différencier d'une cocaïne poudreuse à souhait (enfin d'après ce que j'en sais, c'est-à-dire pas grand chose. Hem, mais passons.) et du coup, ce qui reste dans la bouche c'est l'impression d'avoir la langue râpeuse, genre comme un chat. C'est peu agréable.
Ce ne serait pas tant un problème si il n'y avait pas d'amidon de maïs dans le mélange sucre-myrtilles, car l'impression aurait été restreinte à la pâte, et ç'aurait été facile à noyer dans un jus de myrtilles caramélisé et naturellement sirupeux.
Au lieu de ça, comme visiblement, les Américains ne savent pas faire revenir des fruits à la poêle, ils ajoutent cet amidon à deux balles dans l'espoir de l'épaissir. Bon, ben on a le même résultat en mettant RIEN et en augmentant le feu pour faire vraiment bouillir les myrtilles afin de réduire le jus. C'est pas sorcier et ça prend environ cinq minutes de plus. Si j'avais su, je n'aurais donc pas suivi la recette là-dessus, parce que même si j'avais utilisé de la farine, j'en aurais pas mis là-dedans.
Du coup, dommage, même le sirop de myrtille laisse la bouche râpeuse à la fin.

Question goût, à part l'acidité des levures, la pâte est pas mauvaise parce qu'elle fait penser à du pain et se marie très bien avec la richesse des myrtilles. Et c'est bien vu de ne pas sucrer la pâte, ça évite d'alourdir le dessert.
J'aurais ajouté de la vanille pour lui donner plus de relief.

Pas trop mal donc, je m'attendais à pire avec toutes ces farines, mais finalement c'est passable voire bon, sans être au niveau d'excellence d'un macaron Ladurée, par exemple au hasard hahahaha.

En attendant je connais des cow-boys et des jardiniers qui vont être contents demain midi.
D'ailleurs, il est temps de faire les portraits de ceux qui j'ai rencontrés ces derniers jours.

lundi 18 juin 2012

Yosemite en retard.

Les photos de Yosemite (le poulet est pas tout à fait cuit, confer la fin du précédent article). Sur les photos: moi, Jaime, Chris (blond avec les lunettes) et Ollie (blond sans lunettes). Attention, c'est très beau (pas nous, les trucs autour).
























Lily on the ranch -1-

Prenez l'Ardèche, ses montagnes, son fleuve, ses étés chauds et ses routes en lacets. Etirez le département sur la moitié de la France environ.
Vous voilà en Californie du Nord.
Beaucoup de gens croient qu'au-delà de San Francisco, ce n'est plus la Californie. C'est faux. Los Angeles est 800 km au sud, et il faut en compter presque autant pour atteindre la frontière nord de l'Etat.

Jaime et moi avons fait cinq heures de route pour atteindre le ranch où je séjourne actuellement (jusqu'à la fin du mois). Ca fait en gros 400 km de route avec trois 4x4 par heure dans les parages en moyenne. On a surtout vu des oiseaux, type aigle ou buse, trop loin pour être identifiables. On a aussi vu une grande rivière partiellement asséchée (la faute à l'homme, je suppose) et des espèces de commerces qui essayent de vous faire croire que telle colline est bizarre et que ça vaut le coup de s'arrêter pour venir acheter une poupée vaudou ou je ne sais quoi encore.
A un virage, il y avait une exposition sur Big Foot (le yéti).
Bref, on a bien rigolé.
Le Nord de la Californie est une région un peu recluse donc, avec beaucoup d'agriculteurs et de ranches dont les superficies doivent parfois atteindre celle de certains départements français (va récupérer tes vaches sur un territoire pareil, tiens).
La caractéristique de ces gens-là c'est qu'ils sont un petit peu conservateurs. On les appelle avec un brin de mépris et de méchanceté les "Red Necks", les cous rouges, parce qu'ils sont au soleil tout le temps à travailler la terre et s'occuper du bétail.
Heureusement, la famille dans laquelle je suis fait exception - ils sont de la génération 68, hippies devenus pragmatiques mais n'ayant pas perdu leur art de prendre les choses du bon côté.

Avant d'en parler plus en détail, un point sur le paysage (j'ai pas encore fait de photos): des montagnes à perte de vues, un ciel bleu et un sol recouvert de hautes herbes, jaunes en cette saison. Des grillons, sauterelles et tiques à n'en plus finir, et des arbres, formant quelques sous-bois près des endroits humides, il y a des mini-marécages sporadiquement.
Une terre bonne, puisqu'il pleut énormément d'octobre à mai, mais incultivable car bien trop escarpée. Avant, la plupart des propriétaires de ranches élevaient des moutons, car l'Etat donnait des subventions pour la laine. La politique étant ce qu'elle est, ces subventions ont pris fin dans les années 1970, et les moutons ont cessé d'être rentables, car ils sont des proies trop faciles pour les animaux sauvages qui peuplent le territoire, à savoir: rapaces de toutes plumes, sangliers sauvages cons et violents (comme tout sanglier), lions des montagnes (réintroduits quand ils ont mis fin aux subventions, malin, avec ça, les politiques), chats sauvages, coyotes... il y a aussi des chiens de prairie et des Bambi, mais ça ça fait pas mal aux moutons.
Du coup, tout le monde est passé aux vaches, pour produire soit de la viande, soit des produits laitiers. Cette année, le marché est exceptionnel, paraît-il, mais j'y reviendrai.

Il est temps de parler du ranch: à une quarantaine de km de Garberville, la bourgade la plus proche, le ranch des Lindsay est "petit" pour la région: 5300 acres. Les gros exploitants ont en général de 10 à 20000 acres. Genre, environ quinze mille fois le Luxembourg, par exemple. Mais on s'en fiche, parce qu'ils savent probablement pas où c'est.
Là-dedans paîssent environ 200 vaches, sans compter les veaux de cette année. Il y a 170 vaches qu'il faut vendre au marché de la semaine prochaine et une quarantaine de vaches "de remplacement", en général, les jeunes qui n'ont pas encore mis bas.
Il y a deux chevaux pour aider au regroupement du bétail, George et Zip, ainsi qu'une famille de chiens (des border collies croisés avec je sais plus quoi), comptant la mère (qui s'endort quand on la caresse un peu tellement elle est vieille), Hazel, la leadeuse qui se prend pour un alpha alors que c'est une femelle, Blue, et deux autres dont le nom m'échappe. Ils accompagnent les cow-boys dans les collines pour faire peur aux vaches et les ramener sur le bon chemin.
Le ranch compte également une vingtaine de plant de marijuana, puisqu'ils ont une licence pour la cultivation. La plante pousse en plein soleil, mais demande beaucoup d'eau (et non, je ne fournirai pas de manuel de jardinage plus précis que ça).
Dans et aux abords de l'immense maison se trouvent les 14 chats de la famille. Alors là j'ai pas tous les noms hein. Je connais juste Beatrice qui m'a accueillie quand je suis arrivée et Jennifer qui s'assure que j'ai jamais besoin de rien en étant non-stop collée à mes basques. Après je les surnomme: il y a Poussin, un angora jaune moche super bizarre, qui se jette au sol violemment pour demander des câlins, l'Attardé que j'ai délogé de sa chaise où il passe le plus clair de son temps à niquer la nappe en tentant de griffer des souris fantômes, le Vétéran, un albinos horrifique de 19 ans qui a eu un cancer de la peau des oreilles et du coup on les lui a coupé. Ben ça fait peur, un chat sans les oreilles.

Demain, si je ne suis pas morte, je vous ferai part de mes activités et je dresserai un portrait des personnes qui habitent et/ou travaillent sur le ranch.
Là je vais manger un poulet barbecue, j'ai super faim parce que j'ai fait du cheval cet après-midi, et même que j'ai pas tombé d'abord.

A SUIVRE.

mardi 5 juin 2012

interlude

L'Europe tombe en miettes?
Soit.
Mais rions un peu.

Lien.

Sinon, en ce moment même, Vénus est en train de passer devant le soleil. Mais on peut pas le voir sans lunettes à éclipse ou sans téléscope hyper-adapté.
Cool, hein?