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lundi 18 juin 2012

Lily on the ranch -1-

Prenez l'Ardèche, ses montagnes, son fleuve, ses étés chauds et ses routes en lacets. Etirez le département sur la moitié de la France environ.
Vous voilà en Californie du Nord.
Beaucoup de gens croient qu'au-delà de San Francisco, ce n'est plus la Californie. C'est faux. Los Angeles est 800 km au sud, et il faut en compter presque autant pour atteindre la frontière nord de l'Etat.

Jaime et moi avons fait cinq heures de route pour atteindre le ranch où je séjourne actuellement (jusqu'à la fin du mois). Ca fait en gros 400 km de route avec trois 4x4 par heure dans les parages en moyenne. On a surtout vu des oiseaux, type aigle ou buse, trop loin pour être identifiables. On a aussi vu une grande rivière partiellement asséchée (la faute à l'homme, je suppose) et des espèces de commerces qui essayent de vous faire croire que telle colline est bizarre et que ça vaut le coup de s'arrêter pour venir acheter une poupée vaudou ou je ne sais quoi encore.
A un virage, il y avait une exposition sur Big Foot (le yéti).
Bref, on a bien rigolé.
Le Nord de la Californie est une région un peu recluse donc, avec beaucoup d'agriculteurs et de ranches dont les superficies doivent parfois atteindre celle de certains départements français (va récupérer tes vaches sur un territoire pareil, tiens).
La caractéristique de ces gens-là c'est qu'ils sont un petit peu conservateurs. On les appelle avec un brin de mépris et de méchanceté les "Red Necks", les cous rouges, parce qu'ils sont au soleil tout le temps à travailler la terre et s'occuper du bétail.
Heureusement, la famille dans laquelle je suis fait exception - ils sont de la génération 68, hippies devenus pragmatiques mais n'ayant pas perdu leur art de prendre les choses du bon côté.

Avant d'en parler plus en détail, un point sur le paysage (j'ai pas encore fait de photos): des montagnes à perte de vues, un ciel bleu et un sol recouvert de hautes herbes, jaunes en cette saison. Des grillons, sauterelles et tiques à n'en plus finir, et des arbres, formant quelques sous-bois près des endroits humides, il y a des mini-marécages sporadiquement.
Une terre bonne, puisqu'il pleut énormément d'octobre à mai, mais incultivable car bien trop escarpée. Avant, la plupart des propriétaires de ranches élevaient des moutons, car l'Etat donnait des subventions pour la laine. La politique étant ce qu'elle est, ces subventions ont pris fin dans les années 1970, et les moutons ont cessé d'être rentables, car ils sont des proies trop faciles pour les animaux sauvages qui peuplent le territoire, à savoir: rapaces de toutes plumes, sangliers sauvages cons et violents (comme tout sanglier), lions des montagnes (réintroduits quand ils ont mis fin aux subventions, malin, avec ça, les politiques), chats sauvages, coyotes... il y a aussi des chiens de prairie et des Bambi, mais ça ça fait pas mal aux moutons.
Du coup, tout le monde est passé aux vaches, pour produire soit de la viande, soit des produits laitiers. Cette année, le marché est exceptionnel, paraît-il, mais j'y reviendrai.

Il est temps de parler du ranch: à une quarantaine de km de Garberville, la bourgade la plus proche, le ranch des Lindsay est "petit" pour la région: 5300 acres. Les gros exploitants ont en général de 10 à 20000 acres. Genre, environ quinze mille fois le Luxembourg, par exemple. Mais on s'en fiche, parce qu'ils savent probablement pas où c'est.
Là-dedans paîssent environ 200 vaches, sans compter les veaux de cette année. Il y a 170 vaches qu'il faut vendre au marché de la semaine prochaine et une quarantaine de vaches "de remplacement", en général, les jeunes qui n'ont pas encore mis bas.
Il y a deux chevaux pour aider au regroupement du bétail, George et Zip, ainsi qu'une famille de chiens (des border collies croisés avec je sais plus quoi), comptant la mère (qui s'endort quand on la caresse un peu tellement elle est vieille), Hazel, la leadeuse qui se prend pour un alpha alors que c'est une femelle, Blue, et deux autres dont le nom m'échappe. Ils accompagnent les cow-boys dans les collines pour faire peur aux vaches et les ramener sur le bon chemin.
Le ranch compte également une vingtaine de plant de marijuana, puisqu'ils ont une licence pour la cultivation. La plante pousse en plein soleil, mais demande beaucoup d'eau (et non, je ne fournirai pas de manuel de jardinage plus précis que ça).
Dans et aux abords de l'immense maison se trouvent les 14 chats de la famille. Alors là j'ai pas tous les noms hein. Je connais juste Beatrice qui m'a accueillie quand je suis arrivée et Jennifer qui s'assure que j'ai jamais besoin de rien en étant non-stop collée à mes basques. Après je les surnomme: il y a Poussin, un angora jaune moche super bizarre, qui se jette au sol violemment pour demander des câlins, l'Attardé que j'ai délogé de sa chaise où il passe le plus clair de son temps à niquer la nappe en tentant de griffer des souris fantômes, le Vétéran, un albinos horrifique de 19 ans qui a eu un cancer de la peau des oreilles et du coup on les lui a coupé. Ben ça fait peur, un chat sans les oreilles.

Demain, si je ne suis pas morte, je vous ferai part de mes activités et je dresserai un portrait des personnes qui habitent et/ou travaillent sur le ranch.
Là je vais manger un poulet barbecue, j'ai super faim parce que j'ai fait du cheval cet après-midi, et même que j'ai pas tombé d'abord.

A SUIVRE.

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