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mercredi 29 février 2012

Les boxeuses

Portraits croisés de mes copines d'entraînement (et de galère, j'ai envie de dire, des fois...!).

D'abord il y a Caitlin, avec elle tout a commencé en août. Elle avait déjà pratiqué la boxe avec un coach personnel, mais pour l'efficacité de l'entraînement, pas pour la technique ou la compétition. Il est vrai que la boxe est un sport extrêmement complet qui sculpte toutes les parties du corps de façon très harmonieuse, vu que tout est mobilisé en même temps et tout le temps. Il est donc souvent adapté dans une version édulcorée et dopée à la mauvaise pop pour le fitness des filles... à ce stade, c'est plus vraiment de la boxe, évidemment.
Bref, mine de rien, Caitlin se débrouillait bien dès le début. Déjà athlétique, physique californien typique (grande et mince, blonde, yeux bleus), elle m'avait impressionnée par son dynamisme, son air très décidé. On a travaillé ensemble depuis le début, on est les deux seules filles à être restées depuis le début de l'année, sur les quatre ou cinq qui avaient commencé.
Elle a été un des premiers moteurs de ma motivation, on se soutenait dans les entraînements, qui étaient très durs physiquement au début de l'année. Si elle tient, je tiens, et vice versa, on corrigeait nos défauts chacune à son tour, progressant dans la technique en formant notre regard. A la boxe, une grande part de l'apprentissage se fait par l'observation des moindres détails, chez les autres comme chez soi. Ce qui fait très vite la différence entre les vrais boxeurs et ceux qui viennent juste pour taper dans un sac.
En fin de licence de bio, Caitlin a le sérieux et la détermination pour se battre, même si elle ne peut se défaire d'un certain manque de confiance qui l'empêche de voir ses qualités et ses progrès à leur juste valeur. Aujourd'hui, elle s'excuse toujours quand elle frappe de temps en temps, elle se laisse gagner par la fatigue au milieu d'une reprise et lâche tout, sort du match en se redressant et baissant les bras, cassant la dynamique. Il faut l'encourager à tenir, à terminer ce qui est commencé, même quand les gants pèsent des tonnes au bout des poings et que les pieds sont décidément ancrés au sol, privés de leur habituelle légèreté. Mais elle ne lâche jamais vraiment, se reprend et se replonge dans l'action.
Question style, son caractère se traduit par une extrême tension, très communicative. On lit la peur dans ses yeux, dans ses épaules, sa posture raide. Elle marche à l'angoisse, et excelle avec l'énergie du désespoir. La semaine dernière, elle m'a complètement transmis ces émotions et j'ai été totalement dépassée par ce flot de terreur qui se déversait sur moi, alors que techniquement, à présent, je suis meilleure (pas de beaucoup, mais suffisamment) et ne devrais pas être si impressionnée. Mais rien à faire, voir quelqu'un s'approcher pour frapper avec le regard de celui qui peut mourir à tout instant est paralysant, littéralement. Une froide détermination, voire une véritable volonté de faire mal ne sont pas aussi dures à absorber et à retourner contre l'adversaire. Mais tout le monde ne se bat pas avec les mêmes motivations et les mêmes armes.
La peur n'est pas un mauvais fuel pour le boxeur, à condition qu'il le maîtrise, ce que Caitlin parvient à faire la plupart du temps. Dans ces moments, typiquement les dernières secondes d'une reprise de trop où le souffle est lourd, les bras trop lents, le corps vidé, Caitlin s'anime d'une force noire, qui vient du mental et pas du physique: tout lâche, se détend, et elle devient la boxeuse qu'elle sera une fois pour toutes lorsqu'elle aura plus d'expérience. Une boxeuse dangereuse avec des nerfs redoutables, prête à tout pour ne pas se laisser prendre par la douleur, qui jette toutes ses forces dans la bataille avec puissance et rapidité.

Entre deux reprises, Jason (en vert) débriefe rapidement son boxeur.


Jewel est un peu son contraire sur le ring: posée, très défensive, elle guette et attend son heure, surprend toujours, frappant quand on ne l'attend pas. Il faut se méfier de l'eau qui dort... elle ne montre pas de colère, pas de rage de vaincre. Rien n'affleure sur son visage pour troubler son calme et sa patience, sa résistance à l'effort et son sens du sacrifice pour le sport. Je ne la connais que peu, mais de nous toutes, c'est elle la battante: jeune femme noire, dont les parents sont morts il y a quelques années, elle est venue avec sa soeur de Floride pour étudier dans l'une des meilleures universités américaines et a dû, comme beaucoup d'étudiants, faire un excellent dossier pour être admise et obtenir une bourse (obligatoire, à 30 000 dollars l'année...). Il se passe quelque chose d'étrange chez les boxeurs: ceux qui sont agressifs et combatifs dans la vie passent de l'autre côté sur le ring, et vice versa. Jewel est une jeune femme très forte, déjà endurcie par des épreuves que beaucoup ont le confort de ne pas connaître. Elle ne se laisse pas marcher sur les pieds, n’aboie pas souvent mais peut mordre sans prévenir si quelqu'un franchit la ligne de sa patience. Sur le ring, c'est alors sa fragilité qui remonte à la surface. Alors qu'elle réagit de façon très impulsive dans la vie, la voilà attentive, posée, très appliquée et presque passive: elle pose ses coups comme on avance des pions aux échecs, avec autant de calcul et de sérénité, en un sens. C'est souvent très efficace et payant, même si le défaut de cette qualité est qu'elle ne montre pas un caractère très fort pendant un match, ce qui joue sur les impressions des arbitres qui peuvent penser, à tort, qu'elle n'a pas la main sur son adversaire.

Tout le monde regarde, certains se préparent à monter sur le ring. Au premier plan, les gambettes de Caitlin qui fait des abdos.


A côté, Nessa brille par sa présence très forte et confiante. A 34 ans, une carrière de boxeuse pro derrière elle, elle est une coach pétillante, qui plie mais ne rompt jamais face à nos coups, enchaînant les reprises inlassablement malgré son mètre cinquante-quatre pour ses quarante-cinq kilos toute mouillée. Jewel, la plus légère de nous trois (Caitlin et moi), la dépasse déjà d'une dizaine de kilos, ce qui équivaut à plus de deux catégories de poids en boxe féminine. Quant à moi, en ce moment, je pèse soixante-six kilos, ce que je pesais déjà avant de boxer, sauf qu'entre temps, le muscle a gagné du terrain... Si je place un crochet gauche sur sa tempe en frappant de toutes mes forces, je pourrais mettre Nessa à terre sans trop d'efforts. Heureusement, on n'utilise que 70% (grand maximum) de notre puissance de frappe aux entraînements, et il est encore rare que mes crochets atteignent leur cible et soient parfaitement exécutés.. d'autant plus que Nessa a, bien entendu, beaucoup plus d'expérience et de technique que nous toutes réunies. Sa frappe est pédagogique: face à nous, elle est calme, travaille sur nos points faibles, nous indique nos défauts en brisant notre défense. Les reprises sont toujours très instructives. Parfois, lorsqu'on est en confiance, elle attaque, balance quatre, cinq, six coups, et on sent le potentiel d'agressivité qu'elle peut avoir face à des adversaires dignes de ce nom. Son format "brindille" (elle rentre à peine dans la catégorie de poids la plus légère en boxe, et a donc toujours combattu hors de sa catégorie, contre des femmes plus lourdes, plus grandes, donc nécessairement plus fortes physiquement) est largement compensé par une personnalité de tueuse: sur le ring, elle est là pour abattre sa concurrente, sans pitié, et par tous les moyens, tant pis pour l'autre, elle n'avait qu'à pas se pointer... Nessa ne s'assoit pas entre les reprises: ce n'est pas une technique d'intimidation, c'est juste qu'elle n'aime pas ça, mais les autres n'y voient qu'une détermination sans bornes, portée par une assurance et un ego solides, des qualités précieuses dans un sport de spectacle où beaucoup se joue dans l'apparence - c'est pour cela que certains matches sont gagnés avant que la cloche ne retentisse...

Et moi, dans tout ça? L'ovni total, la petite française débarquée de nulle part qui a remonté la pente de son délabrement physique avec une vitesse qui en a surpris plus d'un (à commencer par elle). A l'écoute, concentrée et appliquée comme les autres filles, tous les coaches apprécient sa motivation. D'où des progrès rapides et conséquents auxquels manquent l'expérience du ring, qui parfois l'impressionne, et crée des blocages qu'il faut ensuite dépasser. Pas si facile de remonter sur le ring après une reprise qui s'est particulièrement mal passée.
L'application de la technique n'est pas toujours aisée en pratique, la panique étant un ennemi stratégique considérable. Malgré tout, la persistance des entraînements porte ses fruits et le style s'affine peu à peu. Avec de meilleurs mouvements arrive plus d'aisance et de détente, ce qui me permet de faire ce que je fais le mieux: réfléchir. Sur le ring, j'avance, j'attaque, et je vois la réaction. Ensuite, je modifie l'approche, j'essaye de mettre la pression avec des feintes pour pousser à la faute et exploiter les failles repérées. Trop de coups? Je les rends, en double, et je dégage pour reprendre mon souffle. L'endurance peine à venir, mais ça ne se construit pas en six mois. J'ai déjà doublé ma vitesse de course à pied et probablement aussi mon volume de muscles, mais ce n'est pas suffisant, il faudrait un régime mieux adapté et quelques entraînements de plus. Mais mon côté bon-vivant a le dessus sur mes ambitions. Tant pis, j'encaisse tous les efforts que je ne fais pas et j'apprends mes leçons, avec plus ou moins de patience envers mes capacités d'apprentissage. Monter sur le ring et passer deux minutes à prendre des coups en sachant que rien, littéralement rien n'avance peut susciter une certaine fureur. Il faut accepter de lâcher, partir, dormir mal en ruminant tout ce qui n'allait pas, la rage dans les poings qui frappent dans le vide, réflexe qui me réveille souvent les nuits qui succèdent des entraînements se passent mal et revenir le lendemain, effacer le sale caractère et chercher le conseil qui éclairera le problème d'une lumière nouvelle pour en démêler le noeud.

Mike, 1m75 pour 80 kgs de muscle, les coups l'arrêtent rarement. Une fois, on s'est entraînés ensemble, je l'ai fait marrer tout du long. Dans la vraie vie, il fait des sourires timides, est super posé et porte des lunettes. Bref, il est tout choupi. Il est étudiant en anglais et apprend le français. Il a récemment travaillé sur L'assommoir de Zola.
 

 Conclusion (version longue, désolée):
La boxe m'a appris beaucoup (et continue de le faire), et a aussi révélé une personnalité que je ne dévoile pas en société. Ce que je préfère sur le ring? Me battre avec les garçons qui me dépassent largement en taille et en poids, juste pour leur montrer que je suis meilleure qu'eux. Ils me disent naïvement de ne pas hésiter, et pendant deux minutes, en général, ils ne comprennent pas bien ce qui leur arrive... Si Caitlin utilise la pression qu'elle se met pour tenir, ma dope c'est la rage que je laisse habituellement couler au fond, tout au fond.
Pendant l'échauffement, je fais remonter la colère, la frustration, les désirs inassouvis, les envies de se venger, l'idiot qui n'a jamais rappelé, ce type ridicule qui se croit féministe, l'espèce d'empaffé qui a osé toucher les fesses d'une fille comme si c'était sa propriété... Tout ce qui me met la rage, en particulier les hommes, s'impriment sur ma cible. Je ne lève jamais les yeux vers le visage de mes adversaires: ce n'est pas contre eux que j'ai quelque chose, je les respecte car ce sont des boxeurs. Pas comme ceux qui portent des coups, bien plus vicieux et gratuits, hors du ring. Ce sont eux que je vois et que j'affronte. Après trois heures d'entraînement bien menées, je ressors en général physiquement épuisée mais encore énergique à cause de l'adrénaline, et le monde semble alors à portée de poings. Difficile de reconnecter avec la vie en société où il faut sourire, faire la fille, accepter les commentaires... Ah bon, tu boxes? Une fille qui boxe! Alors tu penses que t'es plus forte que moi? Si tu savais, tu rigolerais moins, sombre imbécile... En anglais, les filles et les garçons sont tous "boxers": il n'y a pas de genre, et sur le ring, pas de différence. Hors de cet espace, je devrai toujours gagner le respect qu'on donne aveuglément à n'importe quel mec en exhibant mes qualités soi-disant masculines et viriles pour avoir de la crédibilité. Avec les types sympas, je change de sujet avec un sourire. Je n'ai pas la même patience avec ceux qui pensent m'impressionner en roulant des mécaniques et me racontant qu'ils soulèvent de la fonte.
Moi, coco, j'ai soulevé des montagnes pour en arriver là, j'ai franchi des contrées dont tu ne connaîtras jamais l'existence, et tu périras dans la triste ignorance de tous les combats que tu n'auras pas eu à mener et qui ne t'auront pas grandi. Alors dégage, misérable, je ne feindrai pas une droite pour ton pur plaisir, je ne suis pas une attraction, je boxe, c'est ma vie, c'est mon âme, c'est une complexité fascinante et incommensurable que je découvre à peine, mais toi, toi, tu n'en verras rien.

En plus, j'ai déjà une étoile sur le Walk of Fame de Hollywood, alors tu m'embêtes pas, d'abord, hein.

mardi 28 février 2012

lundi 27 février 2012

Sinon ça va

Un nouveau projet littéraire est en cours, mais il demande du temps qui ne dépend pas que de moi... affaire à suivre, donc.
Et j'ai fait pleurer un garçon à la boxe (hihihi). Mais c'est parce que je l'ai tapé dans l'oeil, et qu'il a pas cligné assez vite (ça c'est un gros problème à la boxe). Alors j'ai rigolé, au lieu de compatir et de dire que ça m'était arrivé deux jours plus tôt aux DEUX YEUX (j'ai cru que j'allais mourir), parce que je suis vile et sans coeur.
Ma vie est si passionnante que je n'ai rien d'autre à dire, donc sur ce je vais prendre une douche. Voilà voilà.
Allez, on danse:

Bises!

samedi 25 février 2012

Oh la fleur! Moi aussi ze veux!

Je rédige officiellement mon mémoire depuis cet après-midi.
En deux heures et demie, j'ai écrit une page et demie.
A ce train-là j'en ai pour environ 50 milliards d'année.
Souhaitez-moi bonne chance.
(comme dirait les geeks de 14 ans qui passent leur temps sur MSN, GROS LOL)
Et en plus, quand j'ai voulu avoir une part de cheesecake au citron, et ben y en avait plus. Meuaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaah ze suis déssue. (allez, pour le fun, je vous mets la référence de cette expression, qu'on rigole un peu)

On ne s'en lasse pas. (enfin pas moi au moins. et pas papa, non plus. hahaha)
Allez, en parlant de fleurs, je retourne à mon Dahlia.
Salut!

A Monsieur le Président de la Syrie

Cher Président Bachar el-Assad,

Ca va bien, les conneries dans ton pays, là. Tu sais quand même qu'il y a des gens qui meurent tous les jours depuis bientôt un an à cause de tes bêtises?
Alors je comprends bien, Monsieur, tu voulais être ophtalmo et passer ta vie à prescrire des lunettes aux bigleux, et pis comme ton frère aîné est mort, Papa en a décidé autrement, conception syrienne de la présidence oblige.
M'enfin c'est quand même pas une raison pour tuer des journalistes - borgnes, qui plus est! C'est un peu tordu, comme vengeance, tu trouves pas?
Alors écoute bien, grand duduche, tu gaves tout le monde à massacrer des gens, à commencer par ceux dont les familles se dépeuplent à cause de toi.
Moi, je suis en bout de chaîne, et crois bien que je suis contente de pas être syrienne en ce moment, mais tu me soûles quand même parce que tu vois, je me dis que je pourrais être à la place des personnes que tu bombardes non-stop ces jours-ci et l'idée ne me réjouit guère. Ce qui m'emmerde d'autant plus, c'est que depuis Internet (t'as essayé? C'est un outil génial qui empêche les grands méchants de faire des trucs pas cools sans que les gens le sachent) on peut plus cacher grand chose à la face du monde, et un jour, il faudrait que les petits chefaillons ivres de pouvoirs comme toi se rendent compte que tout se paye, même si la sanction n'est pas immédiate (je te l'accorde, la communauté internationale est longue à la détente, et ça t'arrange bien, d'ailleurs).
L'impunité, ça n'existe plus, et ça fait LONGTEMPS que les gens censés (OK, c'est pas tout le monde) ont pigé que c'est pas bien de tuer les gens. Y a même un barbu de 33 ans qui l'a gravé sur une pierre y a un bout de temps, mais j'avoue que tout le monde le croit pas parce qu'il prétendait marcher sur l'eau.
Alors je comprends qu'on puisse se réjouir d'embêter son monde, mais des fois il faut arrêter d'être égoïste 5 minutes et regarder les choses en face: tu n'as pas besoin d'ajouter à la misère que nous portons déjà, de noircir les pages de toutes manières endeuillées des journaux, d'allonger la liste des gens dont on se souviendra parce que ce sont de véritables salauds, ou d'accentuer ta ressemblance avec un de ces horribles tueurs de masse notoires en ajoutant des crimes à ta moustache.
Moi, de mon tout petit univers, je ne peux pas faire grand chose, et ça me tue parce que ceux qui ont toutes les clés en main pour mettre fin à tes conneries reculent comme un cheval devant l'obstacle pour des raisons qui, honnêtement, me dépassent, parce qu'au final, on parle de gens piégés par des bombes dont la vie s'élime à chaque minute et qui n'ont qu'un Dieu bien impuissant pour les soutenir dans leur épreuve.
Mais quand même, contre toi, Président, j'ai mes mots, et il se trouve que j'en ai marre de détourner les yeux pour ne pas vomir quand je vois la une du New York Times au moment du petit dèj, que j'en ai marre de fermer ma gueule et de refouler ces images et ces phrases, pâles échos de ton inhumanité, loin de ma mauvaise conscience, mais surtout, surtout, que j'en ai marre de toi, Bachar.
Alors lève-toi, récupère l'erstatz de dignité qu'il te reste, et dégage.
Un dernier conseil pour la route: cours vite, car ils sont déjà là.

Bien cordialement,
Mademoiselle Lily.

mercredi 22 février 2012

Des nouvelles en passant

Juste en coup de vent

1 je vais bien
2 Kool Shen: le seul rappeur du monde à porter un K-way dans ses clips (quand même)

3 demain soir je vais voir une finale de slam (poésie parlée) à la fac, c'est très développé ici, c'est vachement chouette

4 ce week-end (enfin, vendredi-samedi) je vais à Reno (google map est votre ami) pour soutenir les copains de la boxe qui vont mettre une peignée à leurs adversaires (enfin, on espère). C'est l'occasion de voir un vrai combat de boxe amateur en laïve...

5 ... et ça va être utile, puisqu'il y a une grande probabilité pour que je monte sur le ring pour de vrai de vrai le samedi 17 mars, pour défendre les couleurs du club à la maison! (enfin, à Cal, quoi. Ce qui va être quelque chose, vu que tous les anciens vont se pointer pour faire un tour) Même que cette compétition est uniquement féminine et que les garçons se sont proposés pour remplacer les habituelles pétasses (pardon, c'est pas leur faute mais hein) en talons hauts et bikini qui se trémoussent avec autant d'aisance qu'une éléphant fildefériste sur le ring entre les reprises. On va rigoler. (la question étant: seront-ils en talons hauts et bikinis? promis, je ferai des photos héhéhé)

6 La condition à tout ceci est quand même qu'ils trouvent une fille dans ma catégorie de poids ie welterweight, qui se traduit hyper intelligiblement par poids welter (donc avec + ou - deux kgs que moi environ, sinon c'est trop dangereux pour la plus légère, on est quand même pas des Mike Tysonettes). Je vous tiendrai au courant OF COURSE. En attendant, je m'entraîne, et ça fait mal. Mais pas trop alors ça va.

Voili voilou je vais dormir maintenant parce que la boxe, ça fatigue. Oui oui oui.
Demain, cours de litté sur les Cités de sel, un livre trop trop bien sur des Arabes qui se font envahir par des Américains en mal de pétrole. Tiens, ça me rappelle quelque chose, ça...

mardi 21 février 2012

JE LE SAVAIS!

Givenchy s'est emparé de mon sujet de recherche. Ca a intérêt à sentir bon.

OUF! (euh... vraiment?)

Plan et biblio envoyé à mes directrices de mémoire. (cri de joie comprimé par l'étouffant silence de la bibliothèque)

Maintenant je peux commencer le bouquin de 600 pages à lire pour mon cours de jeudi et dont je dois discuter avec ma pote de classe cet aprem devant un café.

(music) *Je vais bien, tout va bien, tout est gai, tout me plaît* (music ends)

Voilà, sinon ma collègue de boxe Jewel a obtenu de refaire son match contre la fille trop nulle qui l'avait battue y a deux semaines. Oh ben, elle va en voir de toutes les couleurs, l'autre. Et avec des papillons et des zozieaux façon Tex Avery, ça c'est sûr. En attendant c'est avec moi que Jewel s'entraîne. Hem. Promis je prends des photos si j'ai un oeil au beurre noir.
A plus tard les amis, bonne soirée. 

dimanche 19 février 2012

La minute nécessaire...

A défaut de donner des vraies infos souvent, ils sont marrants, à Rue89. Hihihi.

samedi 18 février 2012

Chronicle: le cul entre deux chaises. (1)

Voilà cinq minutes que je me tâte pour trouver un titre à cette nouvelle critique, très à chaud, de ma dernière sortie cinéma (je viens d'en rentrer). J'ai donc vu Chronicle, (Chronique) film de l'inconnu Josh Trank - c'est son premier long-métrage. Le problème avec les critiques à chaud, c'est que c'est dur de synthétiser tout ce qu'on vient de voir, il faut du recul. Ou alors, des fois, il faut bien admettre que ce qu'on vient de voir est un peu brouillon, et donc difficilement synthétisable. D'où mon titre, car ce film est à cheval entre plusieurs genres, et ne parvient pas à choisir. Cela dit, il est intéressant à plus d'un titre, cela vaut donc le coup qu'on en parle.

Je vais donc me brosser les dents (pleines de pop-corn) pour laisser à ce film une dernière chance de décanter car j'ai comme l'impression qu'il ne va pas ressortir vivant de cet article, même si j'ai de l'affection pour lui là tout de suite... (20 minutes et un début d'article effacé plus tard, je n'ai plus que mépris pour ce film. dommage. ça va faire mal.)


 Chronique d'une adolescence ratée, et d'un film qui l'est encore plus.
Andrew va mal. Son père le bat, sa mère se meurt d'une maladie respiratoire. Il n'a pas d'amis, seulement son cousin, qui a la bonté de traîner un peu avec lui et de l'emmener au lycée en voiture. Andrew, c'est Carrie en mec: sa vie est merdique, il est maladivement timide et vit donc dans sa tête, seul avec ses fantasmes et ses frustrations.  Alors, Andrew s'achète une caméra: c'est le film qui nous est proposé là. Il filme un procès à charge contre le monde entier: son père alcoolique et violent, le pharmacien qui refuse de donner les médicaments pour sa mère à l'agonie parce qu'il n'a pas d'argent, les gros débiles du lycée qui le bousculent et l'insultent et les délinquants en bas de chez lui qui ne se privent pas de le tabasser. Il faut dire qu'il n'a pas de chance, ce petit Andrew, car le réalisateur a vraiment décidé de lui pourrir la vie. Il a dû lire un bouquin de psychologie de bas-étage du style "comment nos chérubins deviennent des serial-killers" et compiler les facteurs de déséquilibre mental pour rendre son scénario plausible. Là où Stephen King nous offrait un portrait saisissant d'une Amérique au bord de la folie ayant déjà sombré dans les affres de l'extrémisme religieux, Josh Trank collectionne les stéréotypes rabâchés par des sous-genres déjà peu glorieux comme "le film de lycée", "le film amateur" et "le film flippant avec des jeunes". C'est pas joli joli.
Comment le petit Andrew va-t-il se dépatouiller avec autant de casseroles? Ben dis donc, il en a de la chance, il acquiert le don de télékinésie. Oh bah tiens, c'est comme Carrie aussi, on peut dire que Trank est très original.
Bon, pour éviter que ce honteux plagiat transparaisse aux yeux du public américain (un type sortant de la salle les larmes aux yeux a quand même comparé ce film à Citizen Kane, je lui aurais ri au nez s'il m'avait pas dit qu'il était lui-même réalisateur - à ce stade-là, on ne peut plus rire, il faut pleurer), Josh Trank à collé deux autres héros à Andrew, eux aussi dotés du même pouvoir - tous les trois sont entrés en contact avec une entité d'origine inconnue tombée sur Terre avant que le terrain ne soit quadrillé par la police.

Soyons indulgents, c'est un premier film. 
Certes le personnage principal a un casier chargé à y regarder de près, mais d'un point de vue plus général, le point de départ est plutôt intéressant: dans la vraie vie, ça fait quoi, trois jeunes passablement immatures qui sont télékinésiques?
On pense tout de suite à Kick-Ass, bijou de série B tournant en orgie de violence après qu'un ado boutonneux décide d'enfiler des collants et de se prendre pour un super-héros.
Ici, point de délire de fan de Comic Books, on n'est pas dans le registre de la comédie. Le choix de réalisation présente un potentiel riche (qui reste malheureusement souvent potentiel) qui place le film dans la tradition initiée par Le projet Blair Witch: le film tourné à hauteur de personnage, caméra à l'épaule (comme ça pas besoin de savoir cadrer, hein, c'est le perso qui est manchot!), doté du doux néologisme de docu-narration.
Jusque là, tout va bien. Là où ça casse, c'est que la deuxième partie du film tombe dans l'excès facile: au lieu de se tenir à une histoire, le réalisateur a voulu traverser les genres et faire un film d'action. Et la chute est plutôt rude: en gros, Andrew le frustré utilise ses pouvoirs sur-développés à mauvais escient et devient très, très méchant. Je ne vais donc pas vous parler de ça, le scénario est devinable à au moins un océan de distance, vous savez donc la fin. 

Passons aux choses sérieuses.
Il y a tout de même plusieurs choses (oui, PLUSIEURS) intéressantes esquissées dans ce film.
 D'une part, l'action du principe (docu-narration) sur les personnages, c'est-à-dire la façon dont cette contrainte filmique modèle en partie l'histoire et son contenu. D'abord, il faut que quelqu'un ait toujours une caméra, sinon, on ne voit rien... ce qui peut créer une tension bien exploitée, par exemple lors de la découverte de la chose qui transforme nos trois zigotos: l'énergie dégagée casse la caméra alors qu'un des personnages commence à saigner du nez... Pas mal vu, donc.

Contrainte de la caméra sur la diégèse. 
La contrainte permet de générer une certaine créativité quant à l'usage du principe de base (les ados dirigent les objets à distance): ainsi, Andrew, toujours avec sa caméra (j'y reviendrai), apprend à la manier à distance, la faire flotter dans les airs, ce qui offre un parfait substitut à la caméra objective et donne au genre "docu-narration" une toute nouvelle liberté. Le réalisateur se libère de sa contrainte tout en restant dans son cadre. C'est assez malin. Il était donc bien vu de choisir la télékinésie comme élément fantastique à catapulter dans le quotidien de ces trois jeunes. Heureusement qu'il ne sont pas devenus télépathes, par exemple.
Alors qu'Andrew perfectionne ses capacités, les plans et les cadrages se peaufinent, s'améliorent, et se distancient. Effet collatéral: on se décolle des basques du héros, et on découvre alors son côté sombre. Si, au début, la brutalité du père suscite l'empathie pour ce véritable martyre ordinaire, on constate son enfermement progressif dans une solitude qu'il s'impose à lui-même: s'il la subissait au départ, il choisit par la suite de s'éloigner des deux autres personnages que la télékinésie avait pourtant rapprochés.
Ici commence la pathologique descente aux enfers d'Andrew et du film, la pente glissante sur laquelle il n'aurait pas fallu s'engager à ce point: évidemment, il en fallait bien un pour devenir un peu mégalo et user de ce don de façon à passer sa colère. Jusque là, cela sonne encore juste, et l'on aurait aimé s'arrêter au moment où Andrew envoie une voiture dans un lac sans raison. Il aurait fallu se retenir et en rester à cette taille humaine, cet incident, pour en étudier les conséquences sur les autres: vont-ils le dénoncer à la police, restent-ils amis, où en est la confiance, songent-ils à le punir? Ivre du pouvoir qu'il donne à ses personnages, Josh Trank est tombé dans l'écueil du film grandiloquent et croit réinventer l'eau chaude en montrant deux types qui se battent dans les airs au milieu des gratte-ciels: désolé, coco, c'est déjà fait, et en bien mieux. Qu'Andrew s'entoure, aux moments opportuns, de téléphones et de caméras pour satisfaire son délire narcissique et sa soif de vengeance n'y change rien: l'originalité à ses limites, et le film, à vouloir courir avant de marcher correctement, se casse la figure.

Libertés du personnage sur la caméra.
Si la caméra rend Andrew intéressant par ses contraintes, Andrew, lui, parvient à se doter d'une profondeur inattendue en faisant flotter sa caméra autour de lui. Cela montre aussi la faiblesse de la docu-narration: ici, les meilleurs "moments de cinéma", si modestes soient-ils, sont quand la caméra prend son envol, se distancie des gens, et se rapproche donc de la caméra objective et du film traditionnel.
Pour s'occuper, Andrew se regarde, contemple sa caméra - puis, suppose-t-on, regarde les films qui en résultent. Un onanisme cinématographique qui donne un côté légèrement malsain au personnage (dommage que cela n'aie pas été plus exploité), ado vraiment mal dans sa peau que l'on sent petit à petit basculer dans un autre monde... La meilleure scène du film se situe exactement dans cette veine, elle en est d'ailleurs l'apogée (et elle se trouve très facilement sur Youtube, tapez Andrew et Spider): Andrew se filme en train de tuer une araignée. La caméra flotte à ras de terre, lui a le visage contre le sol. Il est couché dans un moment de contemplation dépressive, en pleine spirale descendante. On le devine plongé dans une mer tumultueuse de fantasmes qu'il peut à présent réaliser, tout-puissant (ou presque) qu'il est. Alors, Andrew prend le contrôle d'une araignée qui passait par là: bien mal lui en a pris, elle finit en apesanteur, mais en pièce détachées. Les pattes flottent dans l'air poussiéreux, juste au-dessus du parquet, et l'on sent que de l'arachnide à l'homo sapiens, pour Andrew, il n'y a qu'un pas...



Il est tard, je continue demain. ou quand j'aurai le temps!

Comment devenir célèbre virtuellement.

Bon alors vu mes grandes ambitions concernant ce blog (gros LOL PTDR), je l'ai rangé (re-gros LOL PTDR).
Il y a donc des petites catégories, plus bordéliques les unes que les autres, mais au moins ça me donne l'occasion de faire encore plus de blagues pourries que d'habitude. Voilà voilà. Vous devriez être contents quand même, je vous organise les choses. Alors il y a quand même quelques catégories où le contenu est cohérent: vous aurez deviné, "Rocky ce héros" c'est mes trucs sur la boxe, le cinéma (critiques à venir bientôt, je l'espère) est dans "Festins cinéphages", les photos sont dans "Photos tout plein" (cruel manque d'inspi pour ce titre, j'ai un peu honte là) et ma rubrique MANGER est "Deconstructed Salads and Post-Modern Hamburgers", titre venu d'une remarque de ma prof de théorie littéraire, qui nous a raconté qu'elle avait vu dans un menu de restau une "deconstructed salad" - ou comment les Américains s'approprient Derrida sans aucun complexe...
Le reste, c'est un peu plus dur à classer alors bon, les catégories c'est un peu plus pour le fun.
Allez, je retourne à mes moutons (enfin, mon mémoire, et ça, c'est pas hyper fun).

Cherry Cardamom Cheesecake ou dialectique hégélienne de la gourmandise.

La France a perdu son triple A.
Ben moi je m'en fiche depuis que j'ai découvert le triple C: Cherry Cardamom Cheesecake.
Acheté à la Nabolom Bakery avec émotion - ça faisait un mois que je cherchais des cheesecakes dignes de ce nom - ce gâteau est une pure merveille.
Parfait, donc, pour inaugurer cette nouvelle rubrique culinaire qui sera consacrée aux restaurants/cafés/pâtisseries de Berkeley. Au menu des prochains articles: "Gooey Valentine" et "le Hot Chocolate du Elmwood café". Mais revenons donc à nos moutons, qui, aujourd'hui, sont crémeux, posés sur une pâte dorée et fourrés aux cerises.
Présentations:

Le cheesecake encore intact (enfin plus pour longtemps...)


Post-première bouchée. Miom miom grmpf chébon.
Voilà. Ca fait envie HEIN?
La cerise et la cardamome ne sont pas des parfums vers lesquels je me dirige d'instinct, déjà parce que les cerises ont des instincts meurtriers à mon égard, donc j'ai appris à faire sans, même si je peux les consommer cuites. D'autre part parce que pour moi, la cardamome, c'est dans les sablés à Noël. Point.
Double challenge pour ce cheesecake, donc: côté cerises, il faut me convaincre, et côté cardamome, mais quelle idée d'en mettre dans un gâteau pareil??
Je rappelle le principe du cheesecake, recette new-yorkaise classique: une pâte style Spéculoos émiettés recouverte d'une généreuse crème à base de fromage style Philadelphia (du vache-qui-rit en meilleur), parfumée à la vanille. Ici, la version californienne ajoute un peu d'originalité, et me donne l'occasion de faire une critique parfaitement dialectique, puisque ledit gâteau présente trois couches, et pas deux...

1. LA PÂTE (crust). (tu vois Fareed, je passe des lignes exeuprès)
Première source de satisfaction, la texture est très bien équilibrée: elle s'émiette suffisamment sans se désintégrer misérablement sous l'action de la cuillère tremblante d'excitation. Beurré (mais sans alcool HAHAHAblaguenulle) mais pas trop grasse, le biscuit rappelle le grain de la poudre d'amande (peut-être y en a-t-il, je ne suis pas sûre, en tous cas c'est une bonne idée). C'est réussi, pas trop sucré, et parfumé délicatement à la cardamome: qu'est-ce que je disais, c'est une épice idéale pour les pâtes sablées, notamment utilisées dans les cheesecakes...

2. LE DEDANS (filling) (la meuf qui connaît même pas le terme approprié en français, bonjour...)
Une épaisse couche mousseuse mais dense où se mêlent épices, cerises entières et... toutes petites pépites de chocolat au lait: très bien vu, ça apporte juste ce qu'il faut de sucré et de gourmand dans ce nuage onctueux. Question texture, c'est l'éternelle polémique du cheesecake: par nature, ça doit être hyper-dense et crémeux, mais le problème c'est qu'à force c'est lourd et immangeable. Donc la solution c'est d'aérer. Mais l'Idée platonicienne du cheesecake stipule bien (si si, c'est marqué) qu'il ne faut pas que ce soit une mousse. Sinon, c'est pas un cheesecake et pis c'est tout. Personnellement, je trouve que le défi est assez bien relevé ici, même si c'est un peu bourratif (mais peut-on en vouloir aux cheesecakes pour cela?). C'est léger et consistant à la fois, les fruits, distractions bienvenues, introduisent un peu de variété et participent à l'allègement sans qu'on tombe dans l'écueil mousseux. L'ensemble est délicatement sucré, on n'a pas l'impression de manger du fromage, et les parfums s'expriment harmonieusement, sans s'écraser les uns les autres.

3. LE DESSUS (topping) (nan, c'est pas un glaçage, c'est un dessus. Voilà.)
Une pâte plus dense étalée en couche de 5 mm et saupoudrée de cacao pour la finition. C'est une crème fromagée nature, presque sans sucre. La touche un peu aigre de la crème donne une note qui s'accorde bien avec la douceur ensoleillée de la cerise, le chocolat sucré et la pâte épicée. Ca permet d'avoir un fond "neutre" où chaque saveur vient poser son empreinte, tout en enrobant le palais d'une texture très crémeuse qui contrebalance la légèreté de la pâte un peu friable et la richesse de la mousse (enfin, si je puis dire), elle aussi plus aérée. C'est également la partie qui rafraîchit l'ensemble: en se réchauffant moins vite que le reste (le cheesecake se conserve au frigo) elle permet de garder la sensation de fraîcheur plus longtemps (donc jusqu'à la fin de la dégustation) et de façon plus localisée. Le jeu sur les températures est agréable: on peut sortir le gâteau et le laisser s'approcher de la température ambiante afin de ne pas annihiler les saveurs fruitées et épicées (les épices détestent le froid) sans perdre l'indispensable goût "frais" associé au fromage, ingrédient majeur dans le cheesecake.

Conclusion: un classique américain exécuté sans lourdeur (ce qui est le principal risque ici) à laquelle on a donné une touche typiquement californienne en mêlant références festives hivernales de la cardamome et moelleux gorgé de soleil grâce aux cerises, comme un été indien qui n'en finirait pas... Le chocolat est la touche suprême qui fera fondre les enfants, pas toujours fans des épices. Un dessert parfait pour un après-midi de février dans la douce chaleur de mon grenier... 

Bon, bah maintenant, j'ai plus qu'à me lever de la table, aller au comptoir, et goûter leurs cupcakes qui m'appellent depuis leur frigo...
Gastronomiquement vôtre,
Lily (toujours à votre service pour des reportages culturels demandant de grands sacrifices personnels).

vendredi 17 février 2012

Vie de nuit.

Hier soir.
Conversation avec mon pote Omar, le videur de Kip's, un des bars préférés des étudiants de Berkeley en mal de bière par un jeudi soir au milieu des exams de mi-semestre. On y croise donc beaucoup de jeunes, et une poignée d'habitués qui accaparent le billard et le dancefloor.
Omar, c'est un français installé à Berkeley depuis trois ans. Vérifier que les clients ont tous bien 21 ans à l'entrée, c'est un extra. De jour, il est coach de jiu-jitsu brésilien (art martial où, dans la variante développée au Brésil, les coups ne sont pas portés. Ne pas confondre avec la Capoera, ça n'a rien à voir).
Il connaît bien la population du bar, ça fait un bout de temps qu'il y travaille.
On discute, donc, à la porte, nos propos régulièrement interrompus par l'arrivée de nouvelles personnes. Et puis, trois jeunes étudiants rentrent. 1,80m minimum, larges d'épaules, la mâchoire BradPittienne contractée en un sourire EmailDiamant un peu carnassier, l'oeil déjà en recherche de la belle blonde californienne qui viendra compléter le stéréotype (physique) absolu que représente ce genre de mecs. Ils exultent une confiance proche du pathétique, surtout qu'ils arborent des colliers toc en perles de plastiques, signe 1 qu'ils viennent d'une autre soirée, probablement à thématique hawaïenne... 2 qu'ils ont de l'humour, car ils savent se rendre soi-disant ridicules avec ces colifichets; le tout étant censé booster leur sex-appeal (en français: améliorer l'effet de leurs phéromones sur les femelles environnantes).
Décodage sociologique immédiat d'Omar, pas berné pour deux sous par leur pseudo-coolitude:
"Ca, tu vois, c'est les play-boys de Berkeley... Ils arrivent comme ça, et puis t'as toutes les filles qui les regardent et elles disent "Papa!" Elles ont besoin de se rassurer avec ce genre de mecs..."
Freud ne l'aurait certes pas formulé en ces termes, mais n'aurait pas pu dire mieux...
En attendant, on rigole bien à observer la faune américaine sur son terrain de chasse privilégié.

Bonne nuit/journée, à bientôt!

jeudi 16 février 2012

Journée de MEEEEEERDE.

1. J'ai pas réussi à bosser ce que je voulais, même si ma matinée a été productive pour mon cours de théorie littéraire (Derrida, le jour où tu fais des phrases simples, tu m'appelles et on en discute, merci d'avance).
2. J'ai cassé ma corde à sauter. AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAARGH. Journée de meeeeeeeeerde.
3. Mon appareil photo a un problème de faux contact du coup je peux à moitié pas m'en servir.
4. Le pire dans tout ça c'est que, ce qui me met le plus en colère, c'est d'avoir cassé ma corde à sauter. AAAAAAAAAAAAAAAAAAARGH journée de meeeeeeeeeeeeeeeeeeeerde. Pardon.

Voilà, à part ça, ça va, je sors dans notre bar habituel pour y retrouver tous ses piliers mes potes, sans grande conviction cela dit car mes lectures féministes me rendent de plus en plus irritable face à la pesanteur masculine qui tend à caractériser les échanges dans de tels milieux nocturnes. Mais bon, le videur c'est mon pote aussi, et il est sympa. C'est déjà ça de gagné.
A suivre: origamis en folie, une rubrique (attention, maintenant je vais faire des rubriques) culinaire (oui oui oui!), et des boxeurs. Dont certains torse nu, mais de loin et de dos. LOL. On prend les photos qu'on peut avec un appareil qui s'éteint tous les deux secondes pendant un match de boxe, HEIN.

Allez, faut que je prenne une douche et que je me déguise en fille (yeuk - nan je rigole, j'ai même un T-shirt violet moulant pour boxer) et que je brave le froid pour rejoindre la taverne de Berkeley. (bon OK c'est trop pas une taverne, mais c'est pour la beauté du mot).

Allez, (oui, allez deux fois, j'ai besoin de motivation ce soir) et puis laissez un peu des commentaires quand vous passez, bande d'ingrats du clavier, ça coûte quand même pas un bras (un doigt, à la limite...) et ça me donnera moins l'impression de parler dans le vide. Pour citer les Fatals Picards (purée, Derrida et les Fatals Picards dans le même article, c'est beau, j'admire l'exploit) et pour en finir une bonne fois pour toutes avec les gros mots:

"Parce que putain, y a personne ici!"

D'ailleurs voilà l'intégrale de ce TRESOR de la chanson française (ayez la décence de regarder jusqu'à 1.38, je vous dis pas pourquoi, mais ça vaut le coup)

Salut les gens, à demain!

mercredi 15 février 2012

Les perles de la recherche en littérature.

La littérature, et peut-être particulièrement la théorie littéraire, sont des mondes sans pitié.
Ma directrice de mémoire m'ayant conseillé de regarder de plus près le concept de triangulation par René Girard, je m'exécute et recherche donc les ouvrages dudit auteur sur Oskicat (c'est trop cool, comme nom, hein? Ca donne presque envie de lire haha), le catalogue en ligne des innombrables bibliothèques de la fac (mais COMMENT ILS FAISAIENT, AVANT INTERNET??????).
Bref, je tombe sur les attendus La violence et le sacré, Mensonge romantique et vérité romanesque (et je comprend qu'en fait j'ai étudié le concept en prépa, mais je m'en souvenais pas héhéhé. oups.) et à ma grande surprise ainsi qu'à mon éclat de rire refoulé je lis: "René Girard, un allumé qui se prend pour un phare", de René Pommier. Il faut au moins lui reconnaître la beauté du titre. Ne lui en déplaise, je crois que Girard va quand même m'être utile, mais j'avoue que je me suis bien marrée en lisant l'introduction de cet ouvrage visiblement critique disponible entièrement ici. Je laisse M. Pommier conclure avec le premier paragraphe de son pamphlet (faut avouer que c'est drôle) - et je retourne à ma recherche...

"Plus on avance dans la lecture des livres de René Girard, et plus on se demande comment l'humanité a pu se passer si longtemps de lui. Deux affirmations, en effet, y reviennent continuellement, à savoir, d'une part, qu'avant ledit René Girard, personne n'a jamais rien compris à rien et, d'autre part, que, grâce aux théories dudit René Girard, soudain tout s'éclaire, tout s'illumine, tout devient d'une évidence aveuglante. Soyons juste, si René Girard pense qu'avant lui personne n'a jamais compris rien à rien, c'est seulement dans le domaine des sciences humaines. Dans sa grande modestie, il n'a jamais songé, semble-t-il, à nier qu'en ce qui concerne les sciences exactes et les techniques, l'humanité s'était fort bien passée de lui jusqu'ici, et avait, sans lui, accumulé une somme considérable de connaissances, fait d'innombrables et d'immenses découvertes, et réalisé de très nombreuses et prodigieuses inventions qui ont profondément transformé l'existence des hommes."

Guéant! J'écris ton nom! (sur mon PQ avant de l'utiliser...)

De loin, je suis les affres de la politique française. Et autant vous dire que ça me gave. De polémiques en petites phrases, les marécages du racisme, de la haine de l'autre et de la connerie embourbent de plus en plus un pays qui aurait bien besoin d'un grand nettoyage. Au Kärcher, tiens, pourquoi pas, n'en déplaise à Monsieur N. S., que j'invite à passer de l'autre côté du tuyau, qu'on rigole un peu.
Bref, la Californie, c'est un recul forcé par rapport à l'atmosphère de la France. Et c'est peu dire qu'elle me pesait de plus en plus. J'ai retrouvé un souffle et une foi en l'humanité qui s'étaient effrités en moi au fil des constats réguliers et accablants de la dégradation des relations sociales dans ce pays. Monsieur Sarkozy, avant vous, moi, je n'avais pas peur. Je pourrais développer mais je crois que vous comprenez mon sentiment.

Ce qui m'amène là, c'est ce mail que j'ai reçu où il y a le lien vers une pétition que je vous engage à signer, en soutien à Serge Lechtimy. De lui je ne connais que le courrier (une très belle lettre d'ailleurs) qu'il a fait à Monsieur Guéant, et qui visiblement lui a valu quelque réprimande bien sentie. Je n'ai pas besoin d'en savoir plus, je m'en fiche, j'en ai marre de cette droite indigne. Je publie l'ensemble, vous souhaite une bonne lecture, une bonne réflexion, et une bonne journée.


Soutien à Serge Letchimy

Aucune excuse, aucune sanction, *
*soutien total à M. Letchimy

signez et faites circuler



Courrier de M. Letchimy: 
LETTRE OUVERTE A M. CLAUDE GUEANT,
MINISTRE DE L’INTERIEUR


M. le Ministre,

Votre venue en Martinique dans les jours qui viennent, m’oblige à vous
rappeler que cette  terre a vu naître Aimé Césaire, Frantz Fanon, Edouard
Glissant. Qu’elle a été aimée par des hommes aussi admirables que furent
Victor Schœlcher, André Breton, Léopold Sedar Senghor, Claude Lévi-Strauss,
et de manière plus proche encore, par Léopold Bissol, Georges Gratiant, ou
Camille Darsières, pour ne citer que quelques-uns de nos grands politiques.

Ces hommes furent de grands humanistes. Leur vie et leurs combats se sont
situés en face de ces crimes que furent la traite, l’esclavage, les
génocides amérindiens, les immigrations inhumaines, ou la colonisation dans
tous ses avatars… Tous ont combattu la pire des France : celle qui
justifiait les conquêtes et les exploitations, et bien d’autres exactions
dont les cicatrices sont inscrites dans nos paysages. Cependant, je n’ai
jamais entendu un seul de ces hommes lister ces attentats pour décréter que
la civilisation européenne, ou que la culture française, serait inférieure
à n’importe quelle autre. Je ne les ai jamais entendus prétendre que le
goupillon de la chrétienté (qui a sanctifié tant de dénis d’humanité)
serait plus primitif que tel bout liturgique d’une religion quelconque.

Toujours, ces hommes ont établi la distinction entre cette France de
l’ombre et la France des lumières. Pour combattre l’ombre qui menaçait leur
humanité même, ils se sont référés à la France de Montaigne, de
Montesquieu, de Pascal, de Voltaire, de Condorcet ; à celle qui s’est
battue pour abolir la traite, puis l’esclavage, qui a supprimé la peine de
mort  du code de ses sentences ou qui a accordé aux femmes le droit de vote
et celui de disposer de leur maternités… A s’en tenir à votre logique, ils
auraient eu mille raisons de condamner la civilisation occidentale, et de
renvoyer aux étages inférieurs bien des cultures européennes.

Voyez-vous M Guéant, vos chasses à l’immigré (qu’il soit en règle ou non),
ou la hiérarchisation que vous célébrez sans regrets ni remords entre les
cultures et les civilisations, vous ont enlevé la légitimité dont a
pourtant besoin votre prestigieuse fonction. Vous portez atteinte à
l’honneur de ce gouvernement, et à l’image d’une France qui visiblement
n’est pas la vôtre, mais que nous, ici, en Martinique, avons appris à
respecter.

Toutes les civilisations ont produit, et de manière équivalente, des ombres
et des lumières. Mais si les ombres n’ont jamais triomphé très longtemps,
si beaucoup d’entre elles ont disparu dans les oubliettes de l‘histoire (en
compagnie de régimes politiques ou religieux quelque peu lamentables),
c’est simplement parce que des hommes de bon sens, pétris d’humanisme et de
haute dignité, ont exalté les parts lumineuses que toutes les civilisations
de l’homo-sapiens ont mises à notre disposition.


Les civilisations se sont nourries de leurs lumières mutuelles pour mieux
combattre leurs propres ombres. Dans une transversale célébration et de
grande foi en l’Homme, ces hommes ont honoré les lumières d’où quelles
viennent ; les lumières se sont reconnues entre elles; leurs signaux
réciproques ont conservé intact (de part et d’autre des lignes de partage
ou de conflit) un grand espoir d’humanité pour tous. Grâce à eux, nous
savons qu’il est dommageable de considérer l’ombre, ou de s’en servir à des
fins qui ne grandissent personne. Ils nous ont donc appris à nous écarter
de ceux qui l’utilisent, et qui, par là même, la transportent avec eux.

M. Guéant, fouler le sol martiniquais, c’est toucher une terre que des
hommes comme Aimé Césaire ont fécondé de leur sang. Un sang qui s’est
toujours montré soucieux de l’humanisation de l’homme, du respect des
civilisations et de leurs différences.

Ce serait donc comme une injure à leur mémoire, à leur pensée, à leurs
actions, que de vous laisser une seule minute imaginer que vous serez le
bienvenu ici.


C’est par-dessus vous, et du plus haut possible, que nous renouvelons à la
France des lumières toute notre considération, et confirmons notre respect
pour les valeurs républicaines qui, contrairement à celles dont vous êtes
le héraut, sont à jamais très opportunes chez nous.

Serge Letchimy

lundi 13 février 2012

Non-évènement

C'est la Saint-Valentin.
C'est con, parce que c'est une fête qu'on peut pas souhaiter à tout le monde parce que normalement c'est pour les amoureux et tout ça. Mais moi, j'aime bien souhaiter les fêtes aux gens parce qu'après ils sont contents (ou alors ils rigolent parce qu'ils me trouvent bête mais moi ça me dérange pas parce que du coup ils sont contents aussi).

Alors Joyeuse Saint-Valentin, je vous souhaite tout plein de bisous et de chocolat

Voilà.

Saines lectures et INSANE THOUGHTS!

Aujourd'hui,
Je suis bien contente, parce que je commence à entrevoir mon plan de mémoire (après quatre heures de débat acharné avec Fareed, heureusement qu'il est là!!) et c'est rassurant, même si ça part dans tous les sens et qu'il y a encore beaucoup de choses à lire et défricher. En tous cas, ça promet d'être intéressant.
J'ai notamment commencé à lire L'énigme de la femme, de Sarah Kofman, essayiste féministe qui a pas mal travaillé sur Derrida et qui a enseigné à... Berkeley! (entre autres) Bon, elle écrit en français, parce que quand même, c'est trop une boss de toutes façons.
Son bouquin, c'est sur les femmes chez Freud, qui avait, nous dit-elle, des petits problèmes avec sa propre féminité (hihihi). Pour situer le ton, voilà le titre d'un des chapitres du livre: "Les retards de Freud". Pan, dans ta face, espèce de vieux psychanaleux attardé.
Cela dit, c'est très intéressant, et comme je connais peu Freud (et qu'en plus, de toute manière, tout texte écrit en allemand semble par essence obscur) c'est très éclairant, parce qu'une partie de mes analyses se penchera sur L'étrange étrangeté (réflexion sur le marchand de sable qui t'enlève les yeux si t'es pas sage. Yeuk.) et aussi son analyse des mythes d'Oedipe (ou l'histoire d'un mec qui a vraiment jamais eu de pot dans sa vie) et de la Méduse (la vilaine dame en colère quand elle a vu ce que son coiffeur lui avait fait).
Voilà voilà, c'est certainement pas hyper intéressant comme news, mais voilà ce que donne mon racontage de vie quand je travaille, alors c'est ça ou rien.
Ah ouais et ce matin j'ai commencé à lire le prochain bouquin sur la liste pour mon cours sur la littérature post-coloniale: Cities of Salt. Ben ça fait 600 pages. Et c'est le premier volume d'une trilogie. Mais c'est trop bien. Ca parle d'un village en plein désert où des caravanes passent et où les gens sont pauvres mais heureux de leur existence. Bon, j'ai pas beaucoup avancé mais je vous en dirait plus bientôt.
Bon et je vais m'arrêter là parce que depuis une heure il y a un monsieur qui s'est installé à ma table de la bibliothèque, alors que j'étais peinarde dans mon coin.
Déjà le mec, repérable à 50 bornes via son Eau de Cologne (en mode Napalm n°5), ça m'irrite la gorge parce qu'elle est toujours sensible depuis mon rhume de la semaine dernière et ça m'empêche de respirer donc de travailler.
En plus il a un ordi Dell mais il a recouvert le logo d'un autocollant Apple. Comme si Steve Jobs faisait des ordinateurs noirs, déjà. Mais il berne personne, alors franchement je sais pas pourquoi il fait ça.
Et genre, on dirait qu'il fait exprès, avec son ordi trop la sseucla, ses deux petites feuilles et son stylo enrobé de caoutchouc pour que ça glisse pas (je trouve ça insupportable, c'est bien trop épais à tenir, mais bref, on s'en fout, à la rigueur, de ça). Moi en face j'ai étalé mes quinze bouquins, ma pochette violette d'ordi, mon baume à lèvres et mes fluos négligemment disposés ça et là, à côté d'un petite pile nickel (ça c'est mon côté control freak) formée par ma boîte de crayons de couleur (mais c'est pour travailler d'abord), mon carnet Moleskine noir trop choupi et mon petit porte-monnaie vert facheunne que j'ai reçu hier (merci Eglantiiiiiiine il est trop cool). Il y a un mouchoir usagé qui traîne (et que je me retiens de plaquer contre mes voies respiratoires depuis que ce type est là), un tas de papiers avec des schémas cryptiques figurant mes tentatives de plan pour Ellroy et mes éternels cahiers qui ne me quittent pas (un pour Ellroy, un pour écrire, car figurez-vous que j'écris beaucoup de choses que je ne publie pas. et oui.).
Si le but c'est de me faire passer pour une chercheuse bordélique, eh bah c'est réussi, voilà, bravo monsieur, t'es content? J'ai l'air de quoi moi, qui pour une fois me suis habillée pas en survêt pour pas faire tache dans cette bibli réservée aux vioques et aux "grad stioudents"???
Voilà, donc ça me gave, quand j'essaye de faire sérieuse, y en a toujours un pour se ramener avec son petit ordi, ses petites feuilles, son petit stylo, sa petite chemise à carreaux et sa petite veste, là, mais DEGAGE, c'est ma table, d'abord, là!!! (hurlé-je intérieurement en réajustant négligemment l'opulente écharpe florentine ROUGE que j'arbore aujourd'hui en mode future prof de français)
Bref, ça me dépasse. Et ça me déconcentre. Et je peux vraiment plus respirer.
Pis de toutes façons j'ai faim, alors je me câsse. Voilà.
Bonne journée,
Salutâtions.

samedi 11 février 2012

Shame, ou l'homme-piège*

*libre emprunt à Enki Bilal.

Tout part de cet échange, ou plutôt cette réplique de Michael Fassbender/Brandon à sa soeur Sissy/Carey Mulligan: "tu m'as piégé. Tu viens là, tu me dis que tu n'as nulle part où aller, tu ne me laisses pas le choix. Tu es un fardeau." Voilà un court extrait des gentillesses que le frère débite froidement les unes après les autres à sa seule famille. Ambiance.
Effectivement, elle est bien encombrante, cette soeur qui débarque en riant (souvent aux larmes), hystéro patentée, paumée accro aux amours qui tournent mal et la laissent échouée à la rue ou chez son frère, pas ravi du cadeau.
Mais qui piège vraiment l'autre, dans Shame?

Dernier film de Steve McQueen (pas le beau blond de Bullitt mais le sculpteur obsédé par son acteur fétiche, et on le comprend...), Shame est l'histoire d'un homme qui souffre d'une addiction au sexe. Magazines, sites web, prostituées réelles ou virtuelles, tout y passe, la masturbation devient aliénation, effacement de l'être, enseveli sous un tas de mouchoirs usés et de névroses bien imbriquées les unes dans les autres. Noeud inextricable du désir devenu compulsif, de l'amour devenu torture.
Brandon est la victime, piégée à son propre jeu. Tout, y compris le film, semble se refermer sur lui, le contenir dans son cercle vicieux. Le réalisateur s'intéresse peu à l'origine et aux solutions du problème: il observe, de l'intérieur, l'enfer quotidien de Brandon. Et de ceux qui l'entourent, à commencer par sa soeur, donc.
Je pensais tout à l'heure à la possibilité ou non de faire une lecture féministe du personnage de Sissy: peu satisfaisant, pas de prise, elle est victime des hommes, mais pas du réalisateur. Il la magnifie, la rend libre, pétillante jusqu'au bord du gouffre, ange déchu qui conserve après l'impact une beauté intacte, comme sublimée par sa violence. Ce n'est pas en ces termes qu'une critique fonctionnerait.
Mais quelque chose sonnait faux. Cette réplique. "Tu es un fardeau." Cette liste de doléances que Brandon lui crache au visage fait de lui un véritable salaud. Il est haïssable. Et retourne le présupposé de départ. Et si Brandon, le personnage, était le piège, et pas celui qui est piégé?
Admettons.
C'est lui qui piège sa soeur: elle demande l'asile, il le lui accorde, et la met face à ses sautes d'humeur, ses accès de violence à l'état pur. Qu'il la reprenne sa batte, et finisse ce qu'il voulait commencer, si ça le démange tant. Puis vient cette scène des "quatre vérités": il achève de la détruire avec les mots les plus blessants sur le ton le plus détaché. Il n'a pas le choix? Et elle? Voix de la vérité que personne n'écoute, prêtresse maudite héritière d'une longue lignée en la matière, Sissy parle, susurre, crie, chante... tente sur tous les modes de faire passer le message, si maladroit et délicat soit-il. Elle sait que son frère a besoin d'aide. Elle ne cesse de le lui dire. Il éteint son répondeur pour retourner à sa besogne. Pour lui, le dicton semble décidément vrai: la masturbation rend sourd... C'en devient rageant. "Mais répond-lui, enfin, qu'est-ce que ça te coûte, idiot??! Elle te tend des perches à n'en plus finir et tu te laisses couler?!!!" a-t-on envie de hurler. Brandon fait ses choix, accro ou pas. Quitte à ne pas en laisser aux autres. Il piège alors sa soeur et la force à l'ultime appel au secours. Après son chant du cygne, il faudra qu'elle écrive leur désespoir en lettres de sang pour secouer son lâche de grand frère.
Piégé dans son addiction, Brandon piège donc les autres. Les pousse à bout, devant lui, sur la planche au-dessus de l'océan. Sauf qu'il est le seul à avoir les yeux bandés. Sissy crie, se débat, frôle la catastrophe à sa place pour qu'il enfin ouvre les yeux. Bien aimable.

Obscure caméra

Mais le piège continue: après sa soeur, c'est la caméra. Comme un aimant, collée au coeur ou au cul, elle coupe les corps sans ménagement, à commencer par celui de Fassbender. Il est pris au piège de son personnage, sous des angles improbablement beaux, étriqués, des plans longs et fixes qui le vident de son jeu. Car on ne joue plus dans le piège que Brandon ne cesse d'alimenter: pas d'espace pour se mouvoir en liberté, l'emprise de la routine, des gestes mille fois répétés, de l'intempestif tour aux toilettes pour assouvir le désir qui l'enferme. La volonté est annihilée, la nuque courbée, la tête invisible, décentrée, détachée soigneusement du corps qui a pris... la tête. Dans tous les sens du terme. Cependant, là où piéger la soeur est magistral et donne toute leur profondeur aux deux personnages, piéger la caméra semble être un pari plus risqué.
Les plans suivent Brandon comme une ombre trop pesante, et cela ôte un souffle, un mouvement qui manquent au film. Le piège est trop bien fait. A force de se resserrer autour de Brandon, le réalisateur y a laissé ses doigts. Ou plutôt, une légèreté qui puisse emporter les scènes au-delà d'elles-mêmes et en faire plus qu'une succession de tableaux indéniablement beaux, pris dans leur individualité, mais qui manquent de cinéma. On ne reprochera pas la lenteur, mais plutôt une atonie qui aplanit tout. Bien sûr, c'est celle de Brandon. Il a gagné au jeu du piège: même la caméra ne parvient pas à lui échapper. Et c'est un peu dommage.

Que reste-t-il de Fassbender?

Alors Brandon a-t-il réussi son coup jusqu'au bout? Fassbender courbe certes l'échine, mais se rend-il totalement à son personnage? Est-il piégé par cet addict, ou parvient-il à conserver sa liberté d'acteur derrière le masque?
Fassbender s'efface, devient Brandon, évidemment. Mais se laisse-t-il dompter? Peut-être pas. Peut-être pas, dans le sens où il transcende ce fardeau qu'est l'addiction de Brandon, ne se laisse pas empeser par cette morbidité omniprésente. Il sauve le film du piège, même si, pour jouer, il n'a aucun jeu-espace. Sa présence glisse entre les angles impardonnables de la caméra, absolument sans pitié, qui torturent son corps de l'extérieur tandis que Brandon le torture de l'intérieur - enchaîné à l'orgasme, celui-ci devient un réflexe spasmatique qui resserre le noeud de l'addiction autour de son cou, un peu plus à chaque fois...
Alors on cherche les respirations, les moments infimes où Fassbender brille derrière cette brume existentielle. Peut-être y en a-t-il un dans ce baiser fou, derrière une porte, avec la femme qu'il n'a pas osé embrasser la veille à la sortie du restaurant. Là, ce n'est plus l'addiction qui parle et, l'epace de quelques secondes, tout s'allège, tout s'emporte, le vent du désir véritable souffle fort sur ces deux êtres qui rient de leur transgression enfantine. Le spectateur est invité à partager ce répit trop bref où Fassbender explose: comme une supernova, c'est pendant la mort que sa beauté est à son comble. Le piège se referme bien vite en effet et coupe toute la force déployée par l'acteur. Le lion doit retourner dans sa cage. Brandon-addict reprend le dessus et leste cette puissance de la tristesse qui hante inlassablement le film. 

Shame est un piège auquel on se laisse prendre malgré soi: l'image séduit mais a l'effet d'un couperet qui sévit absolument partout. L'esthétique est noble, on sent que la relation entre Fassbender et McQueen est d'une richesse créative incommensurable et l'on espère que cette collaboration portera bien d'autres fruits. Le sujet est juste, bien choisi, bien délimité, les personnages sont beaux, complexes et humains. Mais au jeu de l'enfermement, le film a fini par égarer les clés du souffle de sa vie et s'est piégé lui-même aux portes du cinéma.

(attention humour neuneu tout du long)

Ayé!
J'irai à Las Vegas (avec mon pauvre salaire de fonctionnaire, on va rigoler HAHAHAHAHAHA d'ailleurs c'est déjà le cas) du vendredi 6 avril au lundi 9 avril à l'occasion de
1 mon anniversaire, quand même.
2 le départ de Rike (raccourci de Ulrike, ouvrez un dictionnaire d'allemand et culturez-vous pour la prononciation) qui retourne en Europe pour travailler à Zurich. Sniff, parce que c'est ma meilleure amie ici. Alors du coup on va extorquer des vieux riches pour pouvoir jouer à la roulette et au Black Jack en espérant croiser Matt Damon et Ben Affleck au coin d'une table de poker. Et boire du whisky hors de prix et hors d'âge jusqu'à plus soif aux frais des mêmes vioques qui nous auront offert des jetons. (car notre cruauté ne connaît pas de limites. Ou est-ce l'avidité? Ou juste le vice? Bref, nous ne connaissons pas de limites.)

Conclusion: plus que deux mois pour apprendre à compter les cartes. (bah m* alors.)

Voir le Tangiers et mourir...


Deuxième bonne nouvelle (oulala ça fait beaucoup, j'hyperventile): je passerai bien le mois de juin comme je l'entendais dans le dessein de mon existence que j'avais préparé depuis genre MA NAISSANCE. C'est-à-dire que je serai dans un ranch du Montana loin de tout (enfin j'espère que y aura internet pour vous tenir au courant de mes conversations avec Robert Redford murmurant à l'oreille de ses chers chevaux). Voilààààààààà! Je sais pas encore où je serai, les démarches sont en cours, mais bon voilà c'est presque sûr de sûr. HIIIIIIIsuistropcontente (enfin même si je déchanterai au milieu des bottes de foin avec mon allergie LOL qu'est-ce qu'on fait pas pour vivre le rêve américain).

Sur se (nan je rigole héhé, je sais qu'on l'écrit avec un C, c'était pour savoir si vous suivier), je vous souhaite une bonne journée. Moi je vais manger et finir mon travail de James Ellroy que je m'empêtre les pinceaux avec mes idées dedans mais c'est pas grave et après je vais dormir. Salut bisous.

(entends-tu ton tonton chuchoter zaux chevaux? MOI OUAIS)

"Dites 33."

BON ANNIVERSAIRE EGLANTIIIIIINE!!!

Après l'âge de raison, celui de la religion? Hahahaha ben c'est pas tous les jours qu'on atteint l'espérance de vie christique.
Bon, ben j'en profite pour te dire que j'ai reçu ce matin tes cadeaux de Noël (oui, elle est vachement à la page, ma soeur), qui sont très zoulis et très zutiles et ça mi fait plizir. Merci.
Je t'enverrai les tiens à mon anniv, comme ça ça fait une bonne répartition sur l'année, c'est pas mal. Meunaaaanjerigole.
Voilà, sinon encore une fois je ressens le besoin irrépressible d'exprimer ma fierté quand à ma trouvaille titulaire. De nouveau, je m'auto-congratule vivement. Voilà voilà.
Bon, allez, je me casse d'ici, je viens de lire un artik du Nouillorque Times sur les femmes dans l'armée américaine, je vais donc aller rédiger le fond de ma pensée au brouillon avant de vous en faire étalage dans un prochain "papier". Je crois que je vais faire une catégorie "Un petit pas pour l'homme, et un pas encore plus petit pour la femme". Nan mais les mecs, quels nazes j'vous jure.
Allez, Happy Birthday derechef, porte-toi mieux, quand même hein, et amuse-toi bien à faire des bonshommes de la neige. Salut bisous!

mercredi 8 février 2012

Etre ou ne pas être... une groupie.

Bonjour/soir tout le monde,
Je suis un peu malade parce que je fais plein de choses et je ne dors pas assez, alors ce soir, hop! dodo. Je pense que ça va passer vite de toutes façons, vu que globalement je suis en forme.
A ce sujet, je découvre régulièrement de nouveaux muscles: après les fossettes dans les omoplates (oui oui oui), j'ai remarqué qu'on voyait mes abdos A TRAVERS mon T-shirt. Et ça, c'est trop la classe. (Vas-y Rocky, ramène-toi un peu à Berkeley, qu'on rigole niark niark niark).
Et sinon, aussi, je fais officiellement partie de l'équipe parce que Jewel m'a donné un T-shirt et un short avec marqué "Cal Boxing" dessus, c'est trop cool, je suis trop contente, et en plus du coup j'ai pas été obligée de laver mes affaires tout de suite. (Mais je l'ai fait le lendemain quand même.)
Et aussi, j'aide les débutants qui commencent les cours de boxe, notamment trois filles, qui sont toutes menues et hyper-inquiètes de leur absence de muscles. Alors je leur dit que c'est pas grave et que les mecs, de toutes façons, ils s'entraînent pas aussi consciencieusement que les filles tellement ils sont sûrs d'être les rois du monde. Faut voir ce type qui se prend pour Mohammed Ali et qui finit littéralement avec la gueule en sang dès qu'il pose un pied sur le ring. Il y a quelque chose de pathétique à voir les conséquences très douloureuses que peuvent avoir un excès de confiance en soi (assez typiquement masculin, d'ailleurs). Etant boxeuSE, je sais que jamais je n'aurai autant d'aplomb que lui par rapport à mon niveau. On aura beau me faire tous les compliments du monde, un combat sera toujours un moment de sévère remise en question, même s'il est victorieux. Je suis contente que pour une fois, les femmes soient favorisées par l'infériorité avec laquelle elles partent (que ce soit une force moindre ou un manque de confiance, très souvent les deux).
Bref, revenons aux jeunes filles: toutes souriantes et complètement à la ramasse question coordination, bref comme moi en août, elles ont toutes exprimé leur joie de pouvoir apprendre avec une fille - et je les comprends, même si séparer les deux sexes complètement à l'entraînement est une aberration pédagogique majeure. Cela dit, c'est sympa d'avoir quelqu'UNE pour confirmer que oui, si ta défense est bonne, ça sous-entend que ta poitrine est compressée entre tes deux bras comme quand à douze ans t'essayes d'imaginer ce que c'est un vrai décolleté. Bref, on rigole bien et j'espère qu'elles prendront goût à ce sport, qui est impressionnant pour les filles, surtout quand elles sont assez jeunes/immatures et pas très aware question féminisme (oui, lire des écrits qui décodent les relations hommes-femmes aident à gérer la confrontation sur le ring, c'est clair). La boxe peut se révéler être un moyen très efficace de prendre confiance en soi et aussi de voir que les hommes ne sont pas imbattables physiquement - en plus de constater que ceux qui ne savent pas ravaler leur fierté ne deviennent jamais de vrais boxeurs.

Alors en fin d'aprem, je débarque dans le sous-sol pour m'entraîner avec une copine (un poids super-plume, je ne sais pas comment elle frappe aussi fort), on commence, et puis tous les débutants (25 personnes environ, dont ces trois filles sus-mentionnées) arrivent dans la salle où l'on est, le coach voulant leur montrer à quoi ça ressemble vraiment, deux types qui se battent sur le ring. Je vois les filles, souris, contente de les voir toutes ensembles (à oui parce que commencer seule aussi, c'est quelque chose, heureusement que Caitlin était avec moi au premier semestre!!), je dis bonjour, et là grands sourires, "Hi Ann-Lyyyyys!" (accent sur la deuxième syllabe oblige) en mode GROUPIE complet. Vous voyez ces mangas où pour signifier l'admiration totale, les dessinateurs mettent un filet de bave au coin de la bouche agrandie en un sourire béat et remplacent les yeux par des étoiles ou des trucs du genre? Bah c'était ça. Ca m'a fait un peu peur (vous me connaissez, je suis pas du genre à répondre "oh salut, ça va? il est trop cool ton mini-short rose, je kiffe"), et à côté, les 22 types étaient tous en train de se demander ce qu'elles avaient.
Observez bien ces yeux légèrement saillants, tels ceux de Marion Cotillard quand elle joue (mal) celle qui réfléchit.
Bon j'ai pas trouvé d'illustration correcte, donc ce dessin n'a rien à voir, mais j'aime beaucoup le chat. En fait, c'est un peu la tête que j'ai fait (c'est globalement mon expression quand je suis prise de court par des démonstrations d'affection excessives soudaines) quand je me suis rendue compte de leur groupitude (j'ai dû passer un quart d'heure avec elles, à leur répéter ce que Jason disait, alors je pensais pas être une telle source d'inspiration). Puis je me suis dit, bah, elles sont jeunes, et puis elles ont pas vu Jewel ou Crystal sur le ring (qui sont genre euh... VACHEMENT meilleures que moi, entre autres). Ca me gêne parce que c'est un peu injustifié, tout ça, et en même temps je comprends qu'elles aient besoin d'un modèle féminin fort dans un sport pareil. Il est temps que Nessa revienne, parce que j'ai pas trop envie d'assumer ce statut, d'autant que je ne le mérite pas vraiment. (genre la fille qui a pas cours donc qui peut s'entraîner quand elle veut, à côté de, au hasard, Jewel, jeune femme Afro-Américaine qui a une bourse pour ses études et dont les deux parents sont décédés genre y a super longtemps, ce qui en impose quand même un peu plus... c'est mon modèle à moi, je suppose...).

Bref, je réfléchissais à ce moment tout à l'heure en prenant dans ma pile de bouquins récemment empruntés à la bibli (ah oui je vous raconterai la bibli aussi, c'était génial - je précise, la bibli de Berkeley, c'est un peu genre le Louvre, faut aller plusieurs fois pour connaître toutes les salles). J'ouvre celui d'Ellroy, My Dark Places (Ma part d'ombre, son premier volume de mémoires), religieusement, je regarde la première page, puis la seconde et là:

OH MON DIEU, UNE DEDICACE! 

Une envie furieuse de trépigner me prend, la bave pend à mes lèvres face à un J et trois coups de stylo qui ressemblent à un E vu par Jackson Pollock bourré qui ferme les yeux devant sa toile.

Je repense aux filles de la boxe, j'imagine la tête d'Ellroy s'il me voyait perchée aussi haut dans NunucheLand et je me marre.