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jeudi 22 septembre 2011

Eloge de la lenteur

Ce documentaire est une parfaite illustration du sport que je pratique depuis trois semaines à l'université, au sein du plus ancien club sportif du pays - il a été créé il y a bientôt 95 ans si mes souvenirs sont bons, et n'a depuis connu aucune interruption.
Deux courts de tennis en salle ont été convertis en "boxing gyms", avec un ring, une vingtaine de sacs, quelques poires, des cordes à sauter et des paires de gants débordants des placards. Ambiance concentrée et détendue: on peut rigoler mais pas quand il s'agit d'écouter les consignes, car un visage s'abîme très facilement, surtout quand on ne maîtrise ni ses coups, ni sa force. Après les premiers cours consacrés à la méthode pour bander correctement des mains avec les trois mètres de tissu réglementaires pour protéger le poignet et les phalanges et au "jab", le coup le plus utilisé et le plus basique, on commence à travailler sur les sacs: le plus dur, contrairement à ce qu'on pourrait croire, n'est pas de le faire bouger, mais de frapper efficacement, avec la meilleure position possible, des pieds à la main en passant pour toutes les autres articulations.
Étonnamment, les garçons ne sont pas les plus doués, justement parce qu'ils sont plus forts que les filles: un coup de poing basique n'utilise pas tant les biceps (ce qu'ils ont tendance à faire) que les mollets et les cuisses pour trouver sa puissance. C'est tout le corps qui se projette dans la main, cette dernière n'étant pas le déclencheur mais le point de contact où toute la force accumulée auparavant va trouver une sortie (que ce soit le sac, l'adversaire, ou le vide...).
Puis viennent les exercices à deux - de loin, sans gants puis de près avec gants et protection dans la bouche. Les coups sont lents et retenus, pour apprendre les gestes qui défendront correctement. En défense, tout est proximité et économie: les poings touchant le visage pour amortir les coups, et pas les faire rebondir sur la mâchoire ou les joues, et des mouvements limités au maximum, afin de ne jamais baisser sa garde et être toujours en position pour frapper si une occasion se présente. Il suffit en effet de pas grand chose pour dévier un coup - mais pour cela, il faut le laisser venir au plus près des zones vulnérables. C'est une question d'exactitude, de rythme, et de concentration.
Le coach accompagne, conseille, répète inlassablement les consignes, à la fois simples et compliquées: coordonner le corps entier dans un seul geste qui devra durer moins d'une seconde pour être efficace lors d'un combat n'est pas une mince affaire. Alors on se place devant les miroirs, on regarde l'exemple, et on recopie, en corrigeant les maladresses une par une. Fléchir suffisamment, mais toujours rester à la même hauteur, se déplacer uniquement sur la pointe des pieds, mais ne pas sautiller, rester en appui sur la jambe arrière et se projeter en avant pour frapper, le dos doit être droit, les épaules baissées, menton touchant le sternum, visage protégé par les gants sans que le champ visuel soit complètement obstrué, coudes serrés pour protéger les coudes, poings parallèles au visage, pas devant, pieds écartés, celui en arrière légèrement incliné pour garantir un bon appui. Mettez-vous devant un miroir, faites tout cela et tentez de vous déplacer en gardant cette position. Je ne parle même pas d'attaquer ou de défendre.
Après vient la question des muscles et de l'agilité: la corde à sauter est une solution, mais pas un miracle. Là aussi, il faut des heures pour sauter le moins haut et le plus rapidement possible, sur n'importe quel pied, de n'importe quelle façon.
Après cinquante sauts d'affilée, les chevilles et les mollets crient grâce. Trente secondes de l'échauffement viennent de s'écouler, ce n'est que le début. Avant de commencer l'entraînement proprement dit, on travaille aussi sur les genoux et les hanches: fléchir et faire des U, des V et des O pour parer et attaquer ou simplement éviter un coup. On sautille, on détend les épaules, et le travail commence - tout le monde est déjà trempé de sueur, cela va sans dire. On écoute les consignes, on travaille au ralenti devant le miroir, puis on applique l'exercice, inlassablement le même geste, toujours quelque chose à corriger, la précision manque, on affine au fil des répétitions. Deux éléments sont revus et/ou appris par cours, pas plus. Les progrès semblent invisibles, voire inexistants, puis le coach passe, corrige le geste en une phrase ponctuée d'un calme "let me see" - on s'applique, on se lance et "great! that's it! good job, keep goin'". On a gagné le droit de continuer, encore et encore, jusqu'à la fin de l'heure. Soulagés d'avoir terminé, épuisés mais satisfaits, on enlève les gants - fin de l'enfer pour les mains - et on ôte lentement les bandages détrempés qui ont pris l'odeur de la transpiration et du cuir. Exclamations dégoûtées et sourires complices. Dans deux jours, il faudra recommencer, reprendre depuis le début, se rappeler et apprendre de nouvelles informations puis tout rassembler pendant les exercices - tant pis pour les courbatures.
 

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