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vendredi 20 janvier 2012

Et au milieu (de Berkeley) coule une rivière...

Il pleut sans discontinuer depuis 36 heures maintenant, et on dirait que cela n'est pas près de s'arrêter.
J'avais entendu parler de la pluie californienne - mais je n'en avais vu qu'un ersatz bruineux de fin d'été, un de ces jours encotonnés de brouillard comme la baie de San Francisco en a l'habitude.
Mais les rumeurs étaient bien vraies, quand il pleut, il pleut.
Et non mademoiselle, il ne fait pas beau plusieurs fois par jours comme dans votre lointaine contrée.
Il faut dire qu'on en avait bien besoin. J'ai vu la pluie cinq fois depuis mon arrivée à la mi-août: un temps à décimer la majeure partie de l'agriculture française, pire que les canicules qu'on a pu voir en été.
Mais les palmiers, les noix de coco et les cactus sont plus adaptés à ce genre de climat, quoique les collines californiennes soient régulièrement carbonisées par des incendies king size au mois d'octobre, en général. Et cela parce que tout est sec, rien ne pousse si ce n'est des vignes, plantes récalcitrantes s'il en est, et sur les collines non cultivées, des buissons épineux qui prennent racine dans une terre fine, presque sablonneuse et parsemée de rochers.
Enfin la pluie donc, même si ce n'est pas ce que semblent dire les passants, armés de leur parapluie (aux couleurs, je vous le donne en mille, de l'université...) et de leurs bottes en caoutchouc, noires pour les plus sobres, indéfinissables pour les plus originales.
Les trottoirs de Berkeley, déjà redoutés par temps sec à cause de leurs larges dalles irrégulièrement enfoncées dans le sol (sans parler des fissures et des renflements causés par les racines des arbres), sont depuis deux jours un vaste réseau de flux aqueux aux débits divers et variés, allant du ru au torrent. Le chemin routinier devient alors parcours du combattant, l'eau fuyant de toutes parts, dévalant les pentes - et il y en a, dans cette ville enserrée par des collines... On sautille, on esquive, on traverse pour tenter sa chance de l'autre côté; toutes les stratégies sont bonnes à prendre, et le piéton s'adapte à chaque pas aux nouvelles situations qui se présentent sur son parcours. L'improvisation n'est pas toujours heureuse: le bruit des éclaboussures s'ajoute à la musique urbaine habituelle au fil des pas mal placés ou des enjambées décidément désinvoltes de ceux qui, de toutes façons, s'en fichent.
Car c'est ainsi que vivent beaucoup de californiens, pas plus démontés par la pluie qu'autre chose, chassant les ennuis journaliers d'un haussement d'épaules et d'un sourire: "oh, well..." c'est comme ça, après tout qu'est-ce qu'on y peut...
Alors la vie continue, pluie diluvienne ou pas: on continue de faire la manche, mais dans le bus, un peu plus rempli que d'habitude; ceux qui courent se parent de vestes légères et imperméables (de toutes façons, il faudra prendre une douche en rentrant, alors...); les autres y trouvent une (autre) occasion de revêtir le traditionnel sweatshirt de l'université (bleu et jaune avec, au choix, les différentes appellations de l'école, des ours, etc). Bref, à part le temps rien ne change, la même mentalité, cet indéfectible optimisme, prévaut. Il n'y a bien que Jewel, boxeuse originaire de Floride, pour déplorer le taux d'humidité: là-bas, en ce moment-même, me raconte-t-elle, ses amis doivent être en train de se baigner dans l'océan...

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