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lundi 2 janvier 2012

Voeux. Ou pas.

Une année de plus. Encore. Ca devient lourd, à la fin, c'est toujours la même rengaine. Bonne année, bonne santé, meilleurs voeux. C'est ça ouais... Comme si on pouvait souhaiter autre chose de toute manière. "Bon j'espère que tu seras au chômage, tiens, pour changer!" Et en plus ça marche même pas. La preuve, j'ai au moins un rhume tous les ans.
C'est nul, le 31 décembre. Les moins de 40 ans ont obligation de boire et de veiller tard dans une tenue de soirée passablement ringarde parce que non, Armani même en solde c'est trop cher. Ne parlons pas des talons hauts abandonnés après la première heure pour des ballerines noires de base parce que ça va hein, depuis quand la séduction passe par une paire de Louboutin. Et puis de toutes façons les jeunes se souviennent rarement de cette soirée puisqu'ils sont ronds comme des queues de pelles à 00h02 (le temps de finir la caisse de mousseux de l'Intermarché du coin ouverte à 00h01 après les embrassades réglementaires odorant déjà fortement l'alcool). Il faut deux jours pour se remettre de sa nuit blanche et de la gueule de bois monumentale qui va avec. Ah c'est sûr, avec ça, on démarre bien l'année.
Les plus de 40 ans quant à eux passent pour des nazes parce qu'ils regardent le film de 20 heures et à 22h45 se disent que bon, le réveillon, ça va bien, mais ils connaissent alors au lit, demain j'ai des trucs à faire. Les plus jeunes (enfin, les moins vieux) de cette catégorie doivent de toutes manières coucher les marmots à une heure raisonnable - parce que sinon le lendemain c'est la crise et en plus ça ne se fait pas de donner des somnifères à un gamin pour ENFIN être en paix, mais c'est vrai quoi, il était vachement pénible et en plus je ne lui en ai donné qu'un demi. Les vrais vieux, eux, sont tous seuls parce que leurs enfants sont grands, et à ce stade-là "nan attends c'est trop la honte intersidérale si je reste avec mes darons pour le réveillon quoi, en plus de toutes façons je voulais trop me bourrer la gueule et j'ai déjà fini leur whisky 20 ans d'âge même s'ils le savent pas encore". Seuls donc, et passablement ennuyés par une fête où le principe est de boire et pas d'ouvrir des cadeaux (si tant est qu'ouvrir des cadeaux passé 40 ans suscite le même élan d'enthousiasme que chez les jeunes, qui ressemblent presque invariablement à un chien affamé devant des croquettes Frolic fraîchement déposées dans sa gamelle).
Et puis à 40 ans il faut se fendre d'une obligation qui en théorie tient également pour les plus jeunes mais qui passe largement à l'as avant que l'on soit dans le camp des vénérables anciens. Pour la nouvelle année, il faut envoyer des cartes de voeux. Quelle plaie. Les plus inspirés trouveront sur internet des merveilles de mauvais goût et d'humour douteux à envoyer par mail à tous leurs amis virtuels. Les nantis feront l'emplette de jolies cartes en papier au grain épais et orné de fines dorures, ou de cartes individuelles qui représenteront (rayer la mention inutile) des petits faons enneigés encore inconscients du sort qui fut jadis réservé à leur ancêtre communément dénommé Bambi, une chaumière pittoresque au fin fond du pôle Nord où l'on distingue par la fenêtre l'âtre rougissant et par la cheminée la fumée abondante d'un feu qui a dû provoquer chez tous les habitants de la maison une intoxication au monoxyde de carbone, des rouge-gorges suffisamment stupides pour se poser sur les branches d'un arbre visiblement mort au milieu d'un champ où les vers de terre doivent ressembler à des surgelés Picard vu la couche de neige qui s'étend au-dessus de leur tête, ou encore une peinture avec une foule de petits détails réalistes peinte par une femme sans-abri, sans jambes et sans bras au bénéfice de Handicap International. Charmantes attentions que ces petites cartes aux messages éternellement similaires qui s'enrichissent parfois d'une tout aussi charmante "polésie" (voir Desproges) réalisée par la petite dernière de la famille en classe avant les vacances, et consciencieusement gribouillée sous l'ordre intangible des parents parce que trouver que son arrière-grand-mère pue n'est pas une raison valable pour ne pas lui envoyer des voeux. Même si c'est vrai.
Dieu merci (bien qu'il n'y soit pas pour grand'chose) je n'ai pas encore quarante ans et fais donc partie du groupe qui souffre le moins durant cette pénible période de l'année. Je souhaite donc à ceux qui font encore partie de ce groupe du courage pour supporter cela et en profiter si c'est possible car bientôt ces réveillons passés avachis sur un canapé Ikea avec une bière dans la main et un joint dans l'autre à se demander ce qu'on fout là à regarder les couples s'emballer avec force bave et pelotage alors qu'il reste trois épisodes de Dexter à télécharger et regarder, ces réveillons nous reviendrons bientôt à l'esprit nimbés d'une aura nostalgique qui aura vite fait d'effacer tout l'ennui ressenti alors. Je souhaite à l'autre groupe du courage pour endurer les nombreux réveillons à venir, prévisibles et inévitables, tout pleins des excès raisonnables qui caractérisent les couples vieillissants embourgeoisés (pardon, "établis") tels que manger trop de foie gras, reprendre du nougat glacé au marron ou finir la bouteille de champagne (ah, la vie est dure...).
Et pour tous les jours entre les 1er janvier et les 31 décembre, je souhaite que tout le monde arrête de se sentir coupable quand les sempiternelles résolutions seront suivies par leur sempiternel échec. Je vous souhaite la vie, avec ses bonheurs et ses tristesses, ses réussites et ses ratages, ses richesses et ses passages à vide, car on peut parier que tout cela arrivera, même si on espère que le meilleur aura le dessus. Plutôt qu'un idéalisme gnangnan je vous transmets donc mes voeux les plus enjoués et malicieux, bon-vivants et moqueurs, parce que la vie est faite de surprises, et on les accueille mieux quand on ne s'attend à rien - surtout que du bonheur on ne voit que les reflets changeants, alors mieux vaut, peut-être, arrêter de le poursuivre et regarder autour de soi pour constater qu'il nous entoure déjà.

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