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mardi 13 mars 2012

Identité nationale (je me marre)

Depuis qu'on a collé ensemble les mots "identité" et "nationale" et qu'on polémique là-dessus à n'en plus finir, je me sentais bien incapable d'avoir une opinion à ce sujet et je m'étais donc assise dans un coin à l'abri des débats, parce que je sais pas vous, mais moi ce que je retiens de toute cette histoire, c'est que j'y ai jamais rien compris.
Je ne sais pas non plus ce que c'est qu'être française, pas plus dans mon cas que dans celui des autres, et j'ai l'impression que je le sais de moins en moins (surtout depuis que je suis temporairement "expatte"). Récemment je me souviens m'être fait la réflexion que s'il fallait vraiment me mettre dans un catégorie, je choisirais celle intitulée "Bretonne euro-méditerranéenne". Pour ce que ça aide, franchement, les catégories... je me demande bien pourquoi depuis le temps personne n'a compris que les cases n'arrangeaient personne et compliquaient tout.
Mais bon, reste qu'à l'étranger, quand on se présente, on dit bien qu'on est français (en plus je serais bien en mal de traduction pour "Bretonne euro-méditerranéenne"...). Eh bien concrètement et en ce qui me concerne, ça ne fonctionne pas. Je ne me sens pas française quand je suis à l'étranger. Je me sens plus française (et coupable de l'être) quand je suis en France en train de faire de l'aide aux devoirs dans un lycée de "banlieue" de Lyon face à des élèves FRANCAIS qu'on s'obstine encore à appeler "issus de l'immigration" et qui parlent en utilisant ostensiblement des termes arabes pour que je ne comprenne pas. Ils me mettent le nez dans ma nationalité et je n'aime pas ça. Mais je ne les blâme pas. Je les comprends, et je me dis qu'ils doivent souffrir beaucoup d'être français, mais seulement à moitié reconnus comme tels.


Moi, à côté, j'ai de la chance: c'est l'étonnement quand je mentionne mes ancêtres espagnols. Dans mon cas comme dans celui des lycéens mentionnés auparavant, il y a un même problème (qui n'a pas les mêmes conséquences dans la société, la comparaison a ses limites): la case dans laquelle les gens nous mettent ne nous convient pas. Eux voudraient être vus comme français, moi je voudrais qu'on arrête de me le rappeler. Je ne me victimise pas: j'ai de la chance, je ne souffrirai jamais du racisme, je n'aurai pas à me battre contre ma couleur de peau pour me construire, je n'aurai pas à subir le regard de l'homme blanc, je ne connaîtrai pas la colère qui en découle.

Ce que je veux dire, c'est que si personnellement je crois que la question de la nationalité ne fait pas sens dans un monde comme celui que nous connaissons, reste que l'on doit s'en accommoder, en attendant le jour où les gens se ficheront de savoir d'où l'on vient. Autre argument en faveur de cette catégorisation: j'ai bien une culture française. Grandir dans un pays influe sur la constitution de notre savoir et de nos acquis sociaux, et cela change en fonction de l'endroit où l'on se trouve. Suis-je française? En anglais, je ne me présente jamais comme "French": je dis "I'm from France". Nuance importante difficile à traduire adroitement en français (je suis de France? née en France? je viens de France?): je me réclame d'un pays sans utiliser un adjectif qui qualifie et donc définit profondément mon être. J'en fais une simple caractéristique accidentelle, pas essentielle. Et cela compte beaucoup, d'autant plus à l'étranger.
Cela compte ici parce que je me rends compte (et je ne suis pas la seule à faire ce constat, ce sont aussi les autres qui m'en font prendre conscience!) que je suis assez (pour ne pas dire très) différente de tous les français que j'ai pu rencontrer et qui ont mon statut (même visa, même type de séjour, même niveau d'étude, etc) et sont dans ma tranche d'âge. Je les ai soigneusement évités pendant le premier semestre, et puis cet hiver j'ai commencé à en croiser quelques uns - épisodiquement. Toutes ces rencontres n'ont fait que conforter mon sentiment: je ne fais pas partie de cette communauté. Vraiment pas.

Ce constat m'attriste pour deux raisons: il renforce l'idée qu'il y a bien une notion "d'être français" à laquelle je n'appartiens pas. Deuxièmement, toutes ces rencontres m'ont mise en général très mal à l'aise, j'ai eu honte de mes compatriotes - ou plutôt, de leur comportement.
Ces impressions intimes, je pourrais aisément les balayer d'un revers de la main en me disant que ce sont des stéréotypes et que je caricature, que c'est facile d'être méchante et de critiquer gratuitement. Seulement voilà: les commentaires de mes amis confirment totalement mon sentiment de détachement total par rapport à la communauté française. Même en mettant à part le mépris totalement critiquable que j'ai parfois pour certains français quand je suis témoin de leur comportement, il reste des faits que je ne peux pas ignorer - et quand je le fais, les autres ne se privent pas de les rappeler.
Ma première différence, aussi futile qu'elle puisse apparaître, est aussi très évidente dès les premiers moments dans n'importe quelle rencontre: c'est mon accent. J'entends déjà certains dire: "oui, mais attends, toi tu as fait de l'anglais toute ta vie, tu as des facilités, blablabla". A cela je répondrai que d'une part, j'ai un accent français, peu prononcé certes, mais bien présent. Deuxièmement, vous m'expliquez pourquoi TOUS (j'insiste, 100%) les Allemands que j'ai rencontrés, également tous étudiants (master, thèse) en sciences, ont un niveau en langue égal voire supérieur au mien?? Ce n'est pas que je suis bonne en anglais, c'est surtout que la plupart des étudiants français sont mauvais en langues. On pourra blâmer à raison le système éducatif français qui ne privilégie pas autant l'anglais qu'en Allemagne (autre débat) mais j'aimerais souligner la différence d'attitude culturelle face à l'anglais et, plus généralement, face aux Etats-Unis.
Les Allemands, plus modestes par rapport à leur propre langue, mettent un point d'honneur à parler anglais clairement, et à un niveau bon, voire très bon, parce que c'est un outil essentiel dans leur métier mais aussi une question de respect pour la culture qui s'y rattache (et donc pour les gens). L'accent importe peu tant que la prononciation est bonne.
Chez les Français non étudiants en littérature anglaise/américaine (c'est-à-dire beaucoup de gens!), AUCUN n'a une prononciation correcte. Je ne parle pas de leur accent, par ailleurs très apprécié outre-Atlantique, mais bien des règles de base de phonétique, pas toujours faciles à maîtriser certes mais tout de même plus assimilable pour un Français que des sonorités chinoises! Ce serait comme parler français en refusant de prononcer des sons correctement, moins parce qu'on ne peut pas que par flemme.
Ca m'énerve, et il n'y a pas que moi, parce qu'au bout d'un moment, on ne comprend pas ce que les Français disent! (oui, souvent ici, je ne comprends pas les Français qui parlent anglais, pourtant j'ai l'habitude d'entendre cet accent! C'est dire)

Autre comportement systématique chez les Français et assez rare chez les autres étudiants étrangers: dès qu'il y a deux Français ensemble, ils parlent français. Même s'il y a des Américains autour. Charmant, n'est-ce pas? Grâce à eux, les Français passent pour des impolis notoires, si bien que lorsque j'ai rencontré Neela, une Allemande récemment débarquée à Berkeley, la conversation a été la suivante:

Elle: "Alors tu viens d'où? Tu es Allemande aussi?"
Moi: "Non, non, je viens de France!"
Elle: " Ah bon, ah on dirait pas dis donc! D'habitude les Français parlent tellement mal anglais qu'on les repèrent facilement!"

J'ai bien été obligée d'opiner du chef... pas sans être gênée, mais que pouvais-je répondre? Elle n'est pas la seule à croire que je suis allemande. Environ 60% des gens placent mon accent du premier coup, les autres hésitent, ne trouvent pas toujours et finissent par me demander. Dans tous les cas, la remarque "ah c'est marrant, tu parles vachement bien pour une française" arrive, à un moment ou à un autre... flatteur pour moi, mais pas pour les Français.

TO BE CONTINUED

2 commentaires:

  1. J'ai lu. En fait, je n'ai aucun commentaire sinon que tu viens de me laisser cet article à méditer.

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  2. On me fait le coup à chaque fois (sauf qu'on me croit d'abord hollandaise, danoise, ou même, tiens-toi bien, hongroise!). Mais je fais plus qu'opiner du chef, je confirme et signe. Sam, le coloc multinational (ah ah) de mon amoureux, prétend que je suis une "self-hater"... Bah c'est pas tout à fait faux. Je n'ai rien contre la France, mais qu'est-ce je peux avoir du mal avec les Français...

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