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samedi 10 mars 2012

Récit en étincelles à haute voix

Une étoile étiolée, rencontre météorique, supernova = belle car déjà morte. 

2 minutes. Parfois il faut se contenter de peu.

2 minutes. Mais parfois peu c'est déjà beaucoup.

Top chrono: tic tac nos pas résonnent sur le trottoir tic tac nos rires rebondissent sur les murs et s'étendent tic tac jusqu'en haut des collines. 

Premier tableau: présentations. 
Il est français. Merde, me dis-je.
Les filles ont faim elles brisent là et fuient les garçons pour se nourrir. Pas envie de flirt. 

Deuxième tableau: retrouvailles. 
Trop de bruit dans le bar. Sourire circonstancié et paroles muettes, mots assourdis dans le brouhaha. Socialisation noyée dans la bière. Effort = être aimable et oublier la fatigue.
On se quitte à nouveau - on ne s'est pas vraiment parlé.

Troisième tableau: l'éclair. 
Tic tac le temps revient, pesant sur nous tic tac le pendule balayant nos mots à grands coups réguliers tic tac alors que nous nous découvrons plus proches que je ne le pensais.

[ pause ] retranscription
 - Mais de quoi tu parles sur ton blog?
 - Bah, de plein de trucs...
 - Dis-moi des exemples!
 - Euh, les Etats-Unis, la boxe...
 - C'est pas vrai, tu boxes?! J'ai fait huit ans de boxe!

TIC le temps s'arrête - il boxe - espoir d'une rencontre, d'un échange, d'un beau souvenir - TAC c'est tout ce que l'on aura - ce soir je ne les suis pas au bar et demain, c'est lui qui part.
Le pendule tourbillonne entre nous, brise nos élans, abat l'envol, nous colle à terre - sur ce fichu trottoir. Tic. Tac.

Dernier tableau: partir sans un regard et pourtant...

On se quitte alors que c'est à peine si l'on s'est rencontrés. Quel étrange sentiment de savoir que l'on a loupé de peu une belle rencontre et qu'en même temps, c'est ce ratage qui la rend si magnifique. Je traverse, m'interroge et regarde derrière moi. Evidemment, non. Sourire intérieur. Les mots m'assaillent. Parfois il faut se contenter de peu. Mais ce peu fait partie des moments qui me rappellent l'essentiel de ce voyage et m'emmènent à des lieues de la lassitude, des questions, de l'angoisse du retour... Ces moments où deux étoiles un peu jumelles se frôlent au hasard de leurs trajectoires respectives, dans cette infinie constellation où tout bouge toujours.
On se quitte à peine et mon âme est enflammée d'un feu que je connais bien mais que parfois je ne peux raviver seule. Un feu qui démange, dérange mais m'anime et m'emmène en des lieux unanimes. Parfois il manque une étincelle et je ne peux m'y envoler, il faut que quelqu'un souffle pour que je déploie mes ailes. Tu as soufflé sur moi et je t'en remercie, si tu n'étais pas là je ne serais pas ici. Je vole - ça faisait longtemps - dans mes mots, mes plumes à moi, pour raconter ces deux minutes passées sur le trottoir, deux êtres manqués, si ce n'était pour ce moment. Ce sera le fragment commun de nos existences comme deux figures lointaines évoluant en miroir qui n'auraient que ce point si ridicule pour se refléter l'une à l'autre. Parfois il faut se contenter de peu.
Mais pour moi c'est beaucoup - c'est pour cela que je te quitte sans hésiter, que je ne porte pas de regrets dans mes bagages car chaque départ est une douleur nécessaire qui transforme chaque seconde de ma vie en joyau. Jamais je ne me suis sentie aussi riche et chaque jour mon trésor augmente. Grâce à toi, il a grandi d'un coup car j'ai compris pourquoi les voyages doivent avoir une fin.
Alors peut-être vais-je cesser de pleurer celle, imminente, de mon voyage à moi. Il m'a donné ces ailes que tu as déployées ce soir pour un énième vol vers mon paradis virtuel. Il est temps à présent de sortir du nid. Et de revenir, nouvelle, car ce que j'ai laissé je ne le reprendrai pas.

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